36 ans après, on continue de vivre avec cette envie constante de changement

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Cela fait 36 ans jour pour jour que Jean-Claude Duvalier, “Baby Doc”, héritier d’une dictature de 29 ans, a fui Haïti à la suite de l’agitation populaire et de la perte du soutien des États-Unis. La promesse de démocratie que sa fuite semblait augurer pour les Haïtiens ne s’est pas réalisée.

L’héritage du duvaliérisme a plutôt été une expérience de plusieurs générations de mauvaise gestion, avec des élections le plus souvent frauduleuses dont les résultats ont été manipulés par des observateurs extérieurs, notamment les États-Unis.

Pourtant, tous les cinq ans depuis le départ de Duvalier (à l’exception des pépins, des coups d’État et des reports), le 7 février est le jour de l’inauguration en Haïti, lorsqu’un nouveau président entre en fonction et que les Haïtiens tentent de se convaincre de l’espoir d’un avenir meilleur.

Ce 7 février devrait être un autre jour d’inauguration, la fin prévue du mandat officiel du président Jovenel Moise et le début de quelque chose de nouveau. Mais Moise a été assassiné en juillet, et il n’y a pas de nouveau départ pour Haïti.

Une série de dirigeants soutenus par les États-Unis ont laissé le pays sans gouvernail, inondé par la corruption et le crime. Des gangs redoutables – alliés aux politiciens, aux trafiquants de drogue et aux hommes d’affaires – font la loi dans les rues, armés d’imposantes armes de type militaire.

Le kidnapping est un business, géré comme un business, mais en plus désordonné. Les assassinats de journalistes et de personnalités de l’opposition sont des événements banals. Les meurtres de rue passent inaperçus.

Dans certains quartiers de la capitale, Port-au-Prince, les gangs se disputent les territoires tandis que la population se terre à l’intérieur. Il y a un mois à peine, Henry lui-même a dû être sauvé d’une fusillade entre ses gardes de sécurité et une bande de gangs lors d’une cérémonie officielle.
36 ans après, on continue de vivre avec cette envie constante de changement. 36 ans plus tard, les gouvernements se sont succédé sans arriver à étancher cette soif de changement. 36 ans après, on continue de naviguer en eaux troubles. De turbulences en turbulences. La population paye à prix fort les mauvaises décisions prises par les dirigeants. Elle fait les frais de leur irresponsabilité. De leur incompétence. De leur mauvaise foi. De leur cupidité.

Aujourd’hui, plus que jamais, ils sont presque unanimes à soutenir que quelque chose doit changer ici. Le pays fait face à l’une des pires crises politiques, économiques et sociales de son histoire récente. Avec des entreprises qui ferment leurs portes laissant des centaines voire des milliers de personnes au chômage, les écoles qui n’arrivent pas à accueillir leurs élèves, l’Etat qui laisse filer beaucoup d’argent, l’insécurité de plus en plus inquiétante… les problèmes sont réels.

Pour ou contre le système, quelque chose doit réellement changer. C’est le cri de l’opposition politique, en manque de crédibilité aux yeux de la communauté internationale (ce qui fait l’affaire de Jovenel Moïse), de beaucoup d’artistes, d’enseignants, de silencieux et aujourd’hui de l’Eglise catholique romaine et d’autres religieux.

Le pouvoir joue sur le temps. Et c’est là l’un de nos points forts : prendre notre temps à perdre du temps. Peu importe les conséquences.