À ce Carrefour de l’histoire, l’Haïtien doit dire NON à la déliquescence collective

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           En politique, l’improvisation est l’ennemi numéro un des Hommes d’Etat. Le coup-par-coup demeure leur fossoyeur par excellence. Toute action politique doit être précédée d’une pensée politique porteuse de projets et de programmes. Malheureusement, les politiciens du Tiers-Monde ont pris avec le temps la mauvaise habitude de répondre partiellement et inefficacement à des séquences d’événements au lieu de planifier un programme de développement durable pour leur pays. Dès lors,  ne faisant ainsi qu’accumuler des erreurs, on serait en droit de s’attendre à ce qu’ils corrigent leur tir ou mettent les clés sous la porte. Tout compte fait, ils préfèrent continuer à offrir le spectacle aberrant de”cabotins sans desseins” qui croient plaire à leur auditoire national ou international alors qu’ils ne font qu’attirer l’ironie et le mépris de l’Histoire.


           Il y a, un peu plus de deux siècles, les Haïtiens, au nombre de quatre cent mille, revêtaient leur armure de héros pour se projeter avec fracas et éclat sur la scène mondiale. L’Histoire universelle et impartiale les présente aux yeux de la postérité comme des demi-dieux qui ont fini par affranchir un groupe précédemment réduit à l’état de sous-hommes. Avec eux, l’humanité commença à s’étendre à toutes les races, à tous les ensembles. Désormais, elle devenait le fait de tous les bipèdes sans plume de la planète, du moins de ceux qui sont doués de raison.


         Il ya un peu moins d’un siècle, les Haïtiens au nombre de dix millions, enclenchaient un processus de recul tous azimuts. Et cette même histoire qui les applaudissait en silence à l’époque de leur héroïsme déclaré est en train de les ridiculiser bruyamment jusqu’à leur faire perdre “cette estime de soi”, d’eux-mêmes”; cette suffisance, cette bravoure, cette fierté, cette solidarité, cette dignité qui étaient leur marque de commerce. Toutefois, l’héroïsme décline mais ne meurt pas. Les hommes passent, la Nation demeure. Dans cinq siècles, comme après 1492, l’Histoire retiendra que ce pays connut une parenthèse glorieuse avec des personnalités de la trempe d’un Toussaint Louverture et d’un Jean-Jacques Dessalines.


        À tout prendre, de mémoire d’homme, on n’a jamais vu une Nation autant victime de ses fils, de ses élites intellectuelles, économiques et sociales. On n’a jamais vu dans l’Histoire un processus de régression aussi accéléré d’une collectivité en mal de s’affirmer. Des hommes de valeur disparaissent au gré de l’analphabétisme programmé et sciemment entretenu de la grande réserve populaire. Des intellectuels racés, des professionnels et techniciens chevronnés mordent la poussière face à des incultes notoires, des crétins sonores, des analphabètes audacieux. Et la guerre des sommets succède aux escarmouches des profondeurs, faisant basculer un pays tout entier, jadis sublime et promothéen, dans l’enfer des désespérances et l’incertitude des lendemains. On aura tout mis en œuvre pour pousser les rachitiques de la pensée et les handicapés du nanisme historique, à poser ouvertement l’immorale question des défaitistes en puissance et en fait:” N’avons-nous pas commis une erreur en nous affranchissant trop tôt de l’esclavage en 1804?”


       L’histoire, souvent offre le spectacle ahurissant de ces coïncidences qui se chevauchent. Qui aurait dit, qui aurait cru que la population d’Haïti, cette  Perle des Antilles serait devenue une collectivité bafouée par ses élites, une société torturée par des préjugés stupides, un pays souillé par une coalition morbide, une fusion  de l’imbécillité interne et du brigandage international, un bastion de voleurs cravatés aux couleurs des ONG. Ainsi va la vie. Ainsi se comporte l’histoire, hors de tout respect des normes minimales de démocratie, de patriotisme tout court. De tous les temps, Haïti se prenait toujours en charge; elle n’a jamais vécu à la remorque de la charité internationale, et résolvait elle-même ses problèmes. Aujourd’hui, des parlementaires d’obédience lavalassienne choisissent de précipiter le pays dans l’abîme plutôt que de ratifier le choix d’Evans Paul, hier, vénéré par la gauche, aujourd’hui, récupéré par la droite. Les esprits tordus applaudiront l’arrivée d’un émissaire onusien au cours du mois avec pour mission de colmater les brèches profondes causées au tissu social haïtien par l’élimination de l’Armée d’Haïti qui est à la base de notre Indépendance nationale et dont l’existence est encore maintenue par notre Constitution  . Comme disait Vigny: “L’Armée est une Nation dans la Nation: c’est un vice de nos temps. Dans l’Antiquité, il en était autrement: tout citoyen était guerrier et tout guerrier était citoyen. “Les hommes de l’Armée ne se faisaient point un autre visage que les hommes de la cité”


        Aujourd’hui, c’est l’étranger qui s’intéresse à notre avenir. Réduits comme une peau de chagrin, nous ne pouvons plus bâtir le budget national sans compter sur le volet de l’aide externe. Et nos dirigeants sont très précautionneux pour ne pas être interdits de séjour en Amérique du Nord. Au Continent Africain, nous ne servons plus de modèle et, au bout du compte, nous sommes devenus le mauvais exemple à ne pas suivre. François René de Chateaubriand disait: “Lorsque dans le silence de l’abjection, l’on n’entend plus retentir que la chaîne de l’esclave et la voix du délateur, lorsque tout tremble devant le tyran et qu’il est aussi dangereux d’encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l’historien paraît chargé de la vengeance des peuples .” C’est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l’Empire! Car qu’on soit du Moyen-Orient désabusé ou des Caraïbes méprisées, les raisins de la colère semblent avoir le même goût.


       Le 12 Janvier prochain, nous ne pourrons que constater la déchéance de cette Nation. Provoquée par des héritiers sans dimension qui n’ont pas su mettre en application les multiples leçons d’une histoire mouvementée, cette déliquescence s’accentue avec l’appropriation dolosive de l’espace politique national par une race de citoyens-girouettes avec des pôles d’attraction. N’ayant aucune conscience nationale, ils ne peuvent que se tenir au garde-à- vous face aux instructions de l’Internationale et ceci sans égard pour les leurs, sans respect pour les vertus cardinales de l’Aïeul vertical. En un mot. notre pays souffre d’un déficit d’Hommes-debout. Car, comme le soutient Alain:” les grands hommes sont plus grands que nature dans le souvenir: ce que nous voyons en eux, c’est à la fois le meilleur d’eux et le meilleur de nous.”


       À la recherche de sa vérité, à ce Carrefour de l’histoire, l’Haïtien doit utiliser l’arme de la critique constructive pour dire NON à la déliquescence collective, NON à ces leaders qui n’offrent à leurs concitoyens aucune alternative de sauvetage. Au contraire, ils s’accrochent désespérément à leurs prérogatives déphasées. “Chefs de particules” sans incidence réelle sur le déroulement de l’histoire, éternels candidats à une  Présidence qui ne cesse de leur échapper, sempiternels emmerdeurs ou pitoyables nabots d’un théâtre  d’ombre sinon de noirceur, il ne reste, une fois de plus qu’à tirer leur révérence après avoir fait tant de mal à leur collectivité et à leur pays. Quoiqu’on dise ou qu’on pense, quelque part, dans ce pays, des citoyens verticaux sont en attente: En attente de ce moment opportun, ces Êtres prêts à prendre la relève et à enterer, une fois pour toute, la horde des politiciens asthéniques dont notre pays se passerait bien.

Que les faibles, les lâches, les valets, les corrompus se le tiennent pour dire Au 21ème siècle, nous devons laisser derrière nous l’âge du Néanderthal, du Cromagnon et surtout le faciès repoussant d’ânes couronnés et de lourdeaux anachroniques qui se targuent de nous diriger  au terme de quelque confort…Sud Africain.

Dr Jean L. Théagène