ALLOCUTION DU PREMIER MINISTRE ARIEL HENRY INSTALLATION DU GOUVERNEMENT

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Mesdames, Messieurs les membres des gouvernements sortant et entrant. Mesdames, Messieurs les membres du corps diplomatique,
Mesdames, Messieurs les membres des corps constitués Chers compatriotes,

En débutant cette cérémonie, je suis certain que, comme moi, vous avez tous une pensée spéciale pour le Président de la République, victime de ce drame national dans la nuit du 6 au 7 juillet en cours. Je vous prie de vous mettre debout pour observer un moment de silence et de recueillement en mémoire de Son Excellence Jovenel Moise.

Au cours des nombreuses conversations que j’ai eues avec le Président avant ma nomination au poste de Premier Ministre, il m’avait clairement fait comprendre qu’il n’était pas satisfait de ce qui se passait dans notre pays et qu’il avait un rêve pour Haïti et pour le peuple haïtien. C’est un devoir pour moi d’en parler publiquement. Il voulait que les relations entre nos compatriotes changent et deviennent plus harmonieuses. Pour lui, il était impératif de satisfaire les besoins essentiels de la population et de consolider les bases de notre démocratie malade. Malheureusement, il a été lâchement assassiné et une fois de plus, nous condamnons, avec la dernière rigueur, ce crime inqualifiable qui laisse dans le deuil sa femme, ses enfants, sa famille et la République tout entière. Je présente à tous, mes sincères condoléances, et je souhaite à la Première dame, Martine Moise, un prompt rétablissement.

Cela fait bien longtemps que dans notre pays, personne n’avait osé attenter à la vie d’un Président de la République. Ceux qui ont renoué avec cette pratique barbare devront payer pour leur forfait. OUI… TOUS LES COUPABLES, auteurs et commanditaires, devront être identifiés et traduits devant la justice haïtienne. Et je souhaite que des peines exemplaires et dissuasives soient prononcées La nation

n’attend pas moins de ses dirigeants. Plus jamais, nous ne devrons revivre un tel drame. Je remercie les nations sœurs qui nous apportent leur solidarité et leur expertise dans la conduite des enquêtes et la recherche de la vérité.

Je ne pense pas que son Excellence Jovenel Moïse m’ait choisi parce qu’il avait vu en moi un surhomme capable de faire des miracles et de tout régler d’un coup de baguette magique, mais, je crois plutôt, qu’il avait vu en moi le démocrate convaincu, l’homme de dialogue et d’ouverture, capable de rassurer et d’interagir avec les différents secteurs de la vie nationale.

C’est, donc, avec beaucoup d’humilité, sans prétention, mais avec beaucoup de détermination que j’ai accepté cette mission.

Peyi a ap travèse yon sitiyasyon malouk, nan tout sans. Nan move pa sa a, gen yon bagay tout moun dakò sou li. kit sete Prezidan an, kit se gouvènman pam lan, pati politik yo, gwoupman, relijyon (katolik, pwotestan, vodouyizan), gwoupman peyizan, moun ki nan biznis ( gwo biznis, ti biznis),
Oganizasyon kap defann dwa moun, asosyasyon pwofesyonel, Bawo avoka yo, asosyasyon syndika, asosyasyon etidyan, menm kominote entenasyonal la, tout moun rekonèt solisyon kriz la se Ayisyen yo menm ki pou jwenn li. Ayisyen fanm kou gason, gen responsabilite pou mete tèt ansanm pou nou soti nan sa nou ye la a.

Cette solution haïtienne doit impliquer tous les Haïtiens sans exclusive. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas prétendre trouver des solutions conduisant à des changements durables, en posant l’exclusion comme préalable. C’est pourquoi, comme je l’ai exprimé dans mon adresse à la nation, dans les jours qui viennent, je vais recommencer mes rencontres avec les représentants des forces vives de la nation en vue de construire un consensus suffisant autour d’un Accord politique.

En ce moment si particulier, je ne peux pas m’empêcher de penser à un vieux sage avec qui j’ai eu le privilège de parcourir un long chemin. Je veux parler de Serge Gilles qui n’avait de cesse de répéter que la route du changement et de la transformation de notre pays passe par l’adhésion de tous les secteurs à un pacte de gouvernabilité. Je fais référence également au Dr Turnèb Delpé pour sa détermination à la réalisation d’un chita tande nasyonal (une conférence nationale).

Ce genre de pacte n’est pas un accord entre amis, mais plutôt une entente entre des compétiteurs qui sont conscients que leurs querelles interminables ne mènent à rien et que leurs intérêts et ceux de notre pays exigent une solution de compromis, un changement de paradigme, une rupture. Cela ne peut se trouver que dans le cadre d’un dialogue franc et sincère entre tous, privilégiant le parler vrai.

C’est dans ce contexte de polarisation extrême et de difficulté pour les divers secteurs de la société haïtienne à se parler, que nous devrons trouver et mettre en œuvre une solution durable à la crise multiforme à laquelle nous sommes confrontés.

Face à la situation inédite que nous traversons, des propositions fusent de toutes parts. Tous les secteurs pensent avoir raison dans leur prise de position, mais personne, aucun des protagonistes ne peut prétendre imposer sa solution. Même les pires ennemis, même ceux qui se font la guerre finissent toujours par se parler pour mettre un terme à leurs conflits. Je suis d’une école qui croit dans le dialogue comme moyen privilégié de règlement des différends, surtout en matière politique.

Tout kesyon ka diskite, san benyen kache lombrit. Anwetan demokrasi, eleksyon, ak eta dedwa, ki pa negosyab. Nou pa mete nan tèt nou nap rezoud tout pwoblèm peyi a nan ti bout tan nou gen devan nou an avek kolaborasyon tout demokrat, nou ka kreye kondisyon pou reyalize bon jan eleksyon nan peyi a. Pou rezon sa a, fòk nou retabli konfyans, retabli otorite leta a, nan tourakwen peyi a, epi anpeche zagoloray yo kontinye dechèpiye pitit pèp la.

Il est indispensable que les citoyennes et les citoyens fassent de nouveau confiance à notre système judiciaire. Il est également important de mener une lutte sans merci contre la corruption, la contrebande et les trafics illicites en tout genre, de revenir à un fonctionnement normal des institutions démocratiques. Mon gouvernement fera tout ce qui est possible pour créer un environnement favorable pour une reprise de l’économie et pour attirer des investissements dans le pays, créer des emplois et garantir des perspectives d’avenir pour notre jeunesse.

Nou wete chapo nou, nou bese nou byen ba devan tout moun, fanm kou gason ki viktim anba zak vyolans yo : anpil moun mouri, genyen ki blese, yo pèdi kay ak tout byen yo, yo piye komès yo, machin yo boule, yon pil moun sètoblije kite kote yap viv la avèk tout tet chaje sa lakòz.

L’une de mes tâches prioritaires sera de redonner à la population l’assurance que nous mettrons tout en œuvre pour rétablir l’ordre et la sécurité. C’est l’un des dossiers principaux auxquels le Président de la République voulait que je m’attaque, car il avait bien compris que c’était un passage obligé si nous voulions réussir son autre sujet de préoccupation qu’est l’organisation d’élections crédibles, honnêtes, transparentes et inclusives. Publiquement et solennellement, je m’engage, aujourd’hui, à m’acquitter de cette noble mission. De concert avec les forces de l’ordre sur le terrain, nous allons nous atteler à créer un environnement sécuritaire fiable et stableen vue de faciliter la reprise des activités politiques en toute sérénité à travers le pays et de favoriser une participation massive la plus élevée possible des citoyennes et des citoyens en âge de voter.

A cet effet, la Police Nationale d’Haïti et les forces armées d’Haïti sont appelées à jouer un rôle prépondérant dans la lutte contre l’insécurité et la criminalité dans le pays. Elle doit répondre efficacement à cette responsabilité que lui confère la loi : « Garantir l’ordre et la sécurité publique. »

Aujourd’hui, plus que jamais, la population haïtienne a besoin de vous, Policières, Policiers de tout rang, et de tout grade, membres des Forces Armées d’Haïti et de tout grade, pour enrayer ce spectre lugubre qui entraine le désarroi dans notre société. La bataille contre l’insécurité, nous devons la gagner et nous la gagnerons. Vous ne serez pas seuls dans ce combat. Je m’engage à renforcer la capacité opérationnelle de l’institution policière et de l’Armée pour mieux répondre à la trilogie : « Homme- Mission- Moyens ». Soyez à la hauteur de cette tâche qui vous est assignée. Ayez toujours la loi comme boussole. La nation tout entière prendra acte de votre dévouement.

Pour repartir sur de nouvelles bases, il faudra donner l’assurance à tous nos compatriotes qu’ils pourront, au temps marqué, choisir librement celles et ceux qu’ils veulent voir à la tête de l’État, au parlement et dans les collectivités locales. Notre système électoral sera crédible, honnête, transparent et garantira aux partis politiques et à leurs candidats, qu’aucun camp ni personne ne sera favorisé.

Il est également urgent de mobiliser les moyens, de concert avec nos partenaires, pour combattre la COVID-19, pour augmenter les capacités de prise en charge des malades et pour rendre disponibles des vaccins pour tous ceux qui le désirent. J’en profite pour remercier la communauté internationale pour les lots de vaccins déjà offerts au peuple haïtien.

Travay la konplike, li papiti, li pafasil. Men, mwen konte sou lanmou nou genyen pou peyi a, nou tout ala wonn badè pou nou fèd job la. Nou vle fèl, nou ka fèl.

Gouvènman m nan konnen move lavi ki tabli nan peyi a. Peyizan vanyan nou yo pa kapab travay latè ankò; manman ak papa pitit paka peye lekòl ti moun yo ; pifò moun nan peyi a ap trennen anba lamizè, mwen pap di plis.

Poutèt sa, nou pral fè prese prese tout sa nou kapab pou nou soulage sitiyasyon malouk sa a pandan nap tann nouvo gouvenman kap soti nan eleksyon yo pou yo frennen pwoblèm sa a yo nèt ale.

J’ai le privilège de connaitre beaucoup d’acteurs du monde politique et de la société civile, pour avoir fait un bout de chemin avec nombre d’entre eux. Je vais me mettre au travail immédiatement et prendre mon bâton de pèlerin pour aller à leur rencontre, pour leur expliquer ma mission. Je ferai de mon possible pour les convaincre que c’est ensemble, par le dialogue et dans la concertation, que nous pourrons nous en sortir et construire un projet national qui nous rassemble tous. Le temps est à l’unité et à la stabilité. Je demande au peuple haïtien de continuer à démontrer sa maturité politique en maintenant un climat calme et serein à travers le pays.

A nos concitoyens du secteur privé, formel et informel, à quelque niveau que ce soit, je donne l’assurance qu’un environnement favorable à l’investissement sera créé. Le secteur des affaires est un levier important dans le développement du pays. Je souhaite une collaboration active entre mon gouvernement et vous.

Quant à nos partenaires de la communauté internationale, nous comptons sur votre soutien, comme vous l’avez déjà manifesté dans le passé, en vue de faire face aux urgences de l’heure.

Mes sœurs et frères de la diaspora, je reconnais votre implication dans le développement du pays. Vous constituez un pôle de ressources inépuisables dans la construction de la Nouvelle Haïti. Vous

n’avez jamais manqué d’affirmer et de réaffirmer votre fierté et votre attachement à votre pays, à notre pays, Haïti chérie. Mon gouvernement entend collaborer étroitement avec vous pour la refondation de la nation.

Aux membres de la presse, je dis de continuer à servir le pays, à soutenir notre démocratie. Je compte sur votre professionnalisme. Vous êtes des partenaires incontournables.

En terminant, je veux saluer ici les membres du gouvernement sortant qui ont servi notre pays dans des circonstances particulières. Votre contribution sera appréciée par vos compatriotes à sa juste valeur.
A vous, membres du gouvernement consensuel et inclusif que j’ai l’honneur de présider, je dis merci d’avoir accepté de servir notre pays dans un tel contexte. La tâche qui nous attend est complexe et difficile. Notre chemin sera semé d’embuches de toutes sortes. En décidant de vous joindre à moi, vous n’avez pas choisi la facilité. Je crois qu’avec votre courage, votre détermination et votre patriotisme, nous pouvons ensemble relever les nombreux défis qui nous attendent. Plusieurs dossiers brulants sont en souffrance et attendent votre expertise. Il en faut des solutions adéquates. Pep la ap tann rezilta prese prese. Il n’y aura pas de période d’observation. Le travail commence dès la fin de cette cérémonie.
Bonne besogne !
Pour le Pays. Pour la Patrie. Marchons Unis. Que Dieu bénisse Haïti!

RÉPUBLIQUE D’HAITI PRIMATURE