Ayiti – Exit – Aux origines du cordon sanitaire (1 de 8)

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Il est difficile de rester indifférent, même d’un point de vue purement détaché, libre et libéré, par rapport au cynisme de la veuve noire et des apprentis croquemorts qui tentent une métamorphose posthume du bonhomme banane. On ne voit vraiment pas ce qui les empêche de répandre qu’il a tourné l’eau en vin le jour de l’inauguration du barrage de Marion. Là s’origine une opportunité pédagogique pour faire avancer les recherches sur le rôle des émotions dans la dissidence cognitive. Évidemment, dans une société de fausse valeurs, de sentiments et de ressentiments, la distorsion des subjectivités canonise les « ingé-niais». Nous mettons ici les projecteurs sur les « dokto– rats » qui sont devenus les bêtes de somme de la « caravane du faire semblant ». Il importe de dénoncer la sublimation de la bêtise pour maintenir l’ordre cannibale du « cadavériquat ». La moindre velléité de changement est réprimée. La classe moyenne intériorise la plongée dans la sauvagerie.

La pulsion de la mort chez le bonhomme banane nous rappelle bien la posologie de l’arbitraire de Tonton Nò. En 1908, ce dernier a sommairement exécuté les trois frères Massillon, Horace et Pierre-Louis Coicou avec la complicité de leur propre frère Jules Coicou, en réalité Jules Alexis. À l’instar de ce traitre qui représente la vacuité d’être, les « dokto – rats » symbolisent le volontariat pour la servitude nihiliste (vsn) et étalent leur suffisance avec l’unique objectif de se raccrocher au pouvoir. Le voile obscur du kidnapping continue d’envelopper le pays. La bacchanale de la corruption ne cesse de promouvoir les pratiques du pire. Les luttes de pouvoir amplifient la déchirure du tissu social et transforment les Haïtiens en démolisseurs. Aussi, le rétrogradage permanent d’Haïti peut-il être vu également comme un suicide collectif par un peuple qui s’embourbe facilement dans des rivalités de pacotille ? Il importe alors de revenir sur la nécessité d’un ajustement culturel.

Par-delà les raisons inavouables de leurs errances et déviances, l’essentiel est de démontrer aux politiciens d’aujourd’hui qu’ils ne sont pas mieux que les silhouettes, caricatures et surtout les mauvais comédiens d’hier qui ont revendiqué le fascisme. Lisons Mallebranche Fourcand, président du Club des amis du président Vincent qui écrit le 25 mai 1936 :

« Propageons, instaurons le Vincentisme afin que, à l’instar du fascisme en Italie et de l’hitlérisme en Allemagne, il devienne pour nous autres, Haïtiens, une école de civisme et de loyalisme. »

Au constat de la copieuse récolte au dernier Parlement, on peut dire que les germes ont été bien semés. Depuis le mauvais tournant de 1957, la moisson est abondante et les bonnes saisons s’accumulent. Particulièrement sur ces dix dernières années, les cerveaux lents ont droit de cité dans les affaires publiques. La bêtise est assumée et revendiquée par la « soulouquerie rose », d’un apport essentiellement folklorique sur fond de carnaval meurtrier. En ajoutant la « caravane du faire semblant », le carambolage devient total le 7 juillet 2021. La grande vadrouille rose, quelle aventure ! Rideau !

Incapable de renouveler la pensée de l’État, la coterie du regroupement épidermique s’articule tout autour de la question de la couleur. En effet, dans un pays de Noirs, personne ne trouve saugrenu ni cocasse que tout gravite autour de la race. Le malaise est si profond que certaines idéologies malsaines et réactionnaires opposées au progrès trouvent trop souvent ancrage même dans les milieux dits progressistes. C’est le cas pour l’« ensauvagement makout » en tant qu’ horizon indépassable pour la classe moyenne. Ainsi s’est installé durablement un laisser-aller général en tant que principe cardinal régissant le fonctionnement global de la société. Aussi convient-il de ne pas rester à la surface des choses si l’on veut briser la mécanique mortifère de ce marché de dupes. Cependant, il importe de partir de la prémisse que cette déréliction ne trouve pas uniquement son origine à partir de facteurs internes. Tout se passe comme si la régression permanente d’Haïti est soumise à des forces centrifuges qui maintiennent un périmètre de distanciation sanitaire autour de la première expérience d’autodétermination d’Afro-descendants.

Dans ce contexte arraisonné par des enjeux externes, il faut toujours s’abreuver à la source du Père Dessalines. Le fondateur s’est attaqué à deux constructions coloniales qui n’ont pas perdu de leur actualité : la race et l’eurocentrisme. Dans son cabinet, signalons la présence de Pompée Valentin de Vastey. Ce brillant intellectuel prend une sérieuse longueur d’avance sur son temps et sur les études post-coloniales lorsqu’il publie en 1819 Le système colonial dévoilé. Dans son opuscule, il dénonce avec acuité le projet colonial qui a tout fait pour mettre le 1er janvier 1804 en déroute. En clair, cette éternelle négation de la transcendance du moment haïtien a toujours eu des commanditaires, des dépositaires et surtout des thuriféraires locaux. Dès le 28 février 1806, le projet de loi introduit par le sénateur George Logan au Congrès américain impose un embargo sur Haïti. Pour durcir les termes de celui de 1806, un autre est adopté en 1807. Puisque l’échange est resté inégal, rien ne semble indiquer que cette loi a été abrogée en 2021.

Néanmoins, il est navrant que les héritiers de la victoire du 18 novembre sur les forces du mal n’arrivent pas jusqu’à présent à se départager sur le rôle des puissances de la traite euro-chrétienne dans la chute de l’ange. Pour affirmer leur refus d’accepter le nouvel État sur la scène internationale, ces pays n’ont absolument rien négligé et ont recouru à la politique de la canonnière. Cet isolationnisme a durablement façonné les rapports du jeune État avec les puissances du monde atlantique. En tout état de cause, le rapport de forces se matérialise en Haïti le 3 juillet 1825. L’outrecuidance de Charles X se donne des arguments de poids et fait escorter l’ordonnance de la dette de l’indépendance par une armada de 14 bâtiments de guerre armés de 528 canons. Ainsi s’opère le plus grand braquage financier que la jeune nation va traîner tel un boulet rivé à ses pieds pendant plus de cent vingt-cinq ans. Une arnaque qui prouve que le caractère singulier de l’existence d’Haïti est la préoccupation des puissances du monde atlantique.

En effet, le jeu des alliances géostratégiques consacre l’exclusion d’Haïti au congrès de Panama du 22 juin au 15 juillet 1826. En 1861, l’Espagne proteste contre l’appui du gouvernement de Geffrard aux insurgés dominicains. Ces derniers combattent le projet d’annexion à l’ancienne métropole du général Santana. Alors, l’amiral Gutiérrez de Rubalcava se présente dans la rade de Port-au-Prince à la tête d’une flotte de plusieurs navires de guerre. L’Espagne exige une amende de 200 piastres et le salut de 21 coups de canon au drapeau espagnol. Depuis, les puissantes nations européennes se relaient dans « les affaires d’Haïti » selon le titre de Louis Joseph Janvier. En 1872, sous la présidence de Nissage Saget, le capitaine allemand Karl Batsch séquestre deux navires haïtiens pour le versement d’une indemnité à deux compatriotes qui prétendent avoir subi des pertes lors des révolutions haïtiennes. Capitulation du gouvernement haïtien. En 1891, Firmin décontenance l’amiral américain Gerhardi qui veut s’emparer du Môle St-Nicolas. Avec dextérité, le ministre Firmin invoque la Constitution de 1889 qui interdit une pareille transaction.

En 1897, l’Allemand Emil Ludërs, propriétaire des Écuries Centrales de Port-au-Prince, est condamné pour mauvais traitement à un policier haïtien. L’Allemagne exige et obtient une lettre d’excuse au gouvernement de Berlin, un salut de 21 coups de canon au drapeau et, surtout, une indemnité de 20 000 dollars en faveur de leur ressortissant. En 1902, pour défendre leurs intérêts, les Allemands, avec le support de thuriféraires locaux, se liguent contre Joseph Anténor Firmin. Cette même année, Firmin est vaincu par le général Pierre Nord Alexis qui bénéficie du support et du financement d’un groupe de Syro-Libanais. En 1908, les Allemands récidivent et, en 1911, les Américains tiennent Firmin en échec. En dix ans, l’intelligence au timon des affaires est donc combattue par la ligue antihaïtienne. En mai 1914, les forces navales britanniques présentent un ultimatum au gouvernement haïtien pour dédommager leur ressortissant Peters pour ses usines incendiées à Mirebalais. Port-au-Prince plie encore une fois et Peters reçoit le montant de 125 000 dollars. Le 17 décembre de la même année, les Marines américains s’emparent de la réserve d’or qui se trouvait dans les chambres fortes de la Banque nationale d’Haïti.

Ces détours s’imposent pour remonter aux origines de notre trajectoire surdéterminée et imprimée par les pays dits amis regroupés sans la moindre pudeur en syndicat néocolonial. Si la signature et les clauses d’un accord formel pour mettre Haïti sous coupe réglée n’ont pas encore été révélées, il appert de plus en plus évident que les tuteurs continuent à tirer les ficelles en se terrant dans les coulisses. C’est notre point de vue que le Core Group représente le miroir aux alouettes des Américains. Ce dispositif permet à ces derniers de faire semblant de ne pas être les seuls maitres à bord. Pourtant, ils sont encore trop nombreux ceux qui n’arrivent pas à faire le lien entre la surdétermination géopolitique et nos malheurs. Ce qui les empêche de réagir en conséquence n’est pas notre souci dans ce papier. Toutefois, le silence assourdissant de la classe politique et de la classe moyenne par rapport à la récente déclaration du commissaire civil Daniel Foote mérite qu’on s’y attarde.

En effet, l’émissaire américain a déclaré sans langue de bois qu’il « préfère un dirigeant inconstitutionnel au lieu de deux dirigeants inconstitutionnels » à la tête du pays. Pour nous, il s’agit d’un aveu qui reflète fidèlement l’interprétation de Washington sur la fin de mandat du bonhomme banane. Alors, il convient de rappeler aux indécrottables esprits que même un équilibriste de la trempe de Toussaint Louverture, un temporisateur comme Alexandre Pétion, un manœuvrier du calibre de Boisrond-Canal, un nihiliste comme Sténio Vincent et un chronophage comme René Préval n’auraient pas pu tergiverser sur la date de la fin du mandat du bonhomme banane sans y laisser des plumes. Clairement, l’ingénierie sociale haïtienne représente une mécanique lubrifiée qui maintient uniquement le « référentiel de l’indigence », selon le mot d’Erno Renoncourt. Aujourd’hui, la principale motivation de ce dispositif est de banaliser tout ce qui est illicite.

Dans notre entendement, ce lapsus freudien ne laisse place à aucune tergiversation sur la position américaine par rapport à la date du 7 février 2021 comme fin du mandat du bonhomme banane. Evidemment, il s’agit d’un énième soutien sans faille à une vision raciste, despotique et abominable d’Haïti dont l’enracinement sous le poids des menaces et bottes étrangères accélère la dilution de l’identité haïtienne. L’essentiel est de toujours marteler que les Américains n’ont aucun prix politique à payer en Haïti. Néanmoins, une fenêtre s’ouvre sur l’opportunité de revenir une fois de trop sur la facilité déroutante avec laquelle les puissances coloniales ont toujours encouragé et exploité nos rivalités pour nous diviser. À propos de la guerre du Sud entre Toussaint et Rigaud, la lecture du baron de Vastey conserve toute son actualité lorsqu’il écrit :

« Dans cette guerre civile, malheureuse et désastreuse pour le peuple haytien, les blancs comme dans toutes nos précédentes guerres, jouèrent leurs rôles accoutumés ; ils conseillaient et intriguaient des deux côtés ; ils aidaient de tout leur pouvoir aux deux partis à se faire tout le mal possible ; des deux côtés, ils s’empressaient de fournir des armes, des munitions, des vaisseaux, des provisions, etc. On a vu même qu’aussitôt qu’un parti était prêt à succomber ils faisaient tout leur effort pour le relever, afin de perpétuer la guerre civile . »

Qu’à cela ne tienne ! Bien qu’Haïti ait été le premier pays dès 1803 à remonter les bretelles aux présuppositions du racisme anti noir, l’honneur historique de l’abolition en 1807 est attribué au Royaume-Uni. Sous l’influence de William Wilberforce, l’Angleterre la proclame le 2 mars, quatre ans après la Révolution haïtienne. En pleine guerre, on se le rappelle, les Anglais agissent en fonction de leurs intérêts qui, à ce moment-là, sont opposés à ceux de la France. Ils imposent un blocus naval des ports de Saint-Domingue dès 1803, asphyxient le ravitaillement des troupes françaises et apportent ainsi un support tacite à notre guerre de libération. Pourtant, cela ne les empêche de ratifier le Traité de Paris du 30 mai 1814 dont une clause secrète confirme le statut de colonie française du nouvel État. Il n’est pas inutile à ce stade de rappeler que la traite est d’abord et avant tout une entreprise arabo-musulmane introduite dans le théâtre atlantique par les Portugais et les Luso-Brésiliens.

Effectivement, personne ne doit s’étonner que le Brésil où vit la plus grande diaspora africaine soit le dernier pays du continent à reconnaitre l’indépendance d’Haïti, seulement en 1888 après celle des Américains le 5 juin 1862. C’est dans ce contexte délétère que nait Haïti et que plus de deux siècles plus tard, la surdétermination géopolitique n’a rien perdu de sa motivation essentielle de plomber l’avenir de la première expérience d’autodétermination d’Afro-descendants des Amériques. Pour mieux cerner la « question haïtienne », il faut toujours avoir à l’œil le contexte hostile dans lequel les 37 signataires de l’Acte de l’indépendance se mirent debout à la face du monde le 1er janvier 1804. Plus de deux siècles plus tard, les puissances du monde atlantique n’ont rien perdu de leur détermination à plomber l’avenir de la première expérience d’autodétermination d’Afro-descendants des Amériques.

Pour dire les choses autrement, les troubles à Saint-Domingue et la révolution haïtienne ont perturbé à tout jamais l’ordre établi du monde atlantique. Le système dépositaire de la colonisation, de l’esclavage et du racisme n’est plus le même depuis le 1er janvier 1804. Il y a donc lieu de reconnaitre la transcendance du moment haïtien malgré la fatwa imposée en raison du revers subi par les prémisses ontologiques dominantes. De ce point de vue, il est difficile d’imaginer que des intellectuels comme Michele et Barack Obama n’aient jamais lu un texte sur la première expérience d’autodétermination d’Afro-descendants des Amériques. Le premier couple d’Afro-descendants à occuper la Maison-Blanche doit certainement avoir lu « The Avengers of the new world : the story of the Haitian Revolution » par Laurent Dubois. Pourtant, l’identitaire a été un cheval de Troie du ventre duquel s’est échappée la calamité rose qui continue de s’abattre sur Haïti comme une chape de plomb.

Fou qui croit que l’administration de Barack Obama – Joseph Biden n’a pas fait écho aux présuppositions racistes jeffersoniennes en imposant le roi du carnaval pour s’attaquer aux défis de la reconstruction. Comme s’il s’agit de la onzième plaie d’Égypte, on connait la suite de la mise en orbite de la carnavalisation permanente avec la « soulouquerie rose ». Pour parachever la victoire de ce carnaval meurtrier sur la raison, il sied ici d’affirmer que l’importation des systèmes politiques en Haïti à travers les concepts jumeaux alternance et démocratie a permis de pérenniser la république sans sanction et d’organiser la caravane des symphorophiles. On s’explique ainsi que le choix d’un personnage obscur comme le bonhomme banane n’a pas été innocent. Les conséquences et résultats de ce choix saugrenu ne nous permettent pas de faire l’impasse sur le mensonge historique de la démocratie néocoloniale avec les résultats que l’on vit comme cette extinction des valeurs et l’effondrement de l’État.

Comme l’économiste Daniel Dorsainvil l’a si bien expliqué, « Haïti s’enfonce ». C’est le titre d’un article dans lequel il semble suggérer aux Haïtiens d’arrêter de creuser s’ils veulent sortir du trou. En effet, le diagnostic de l’économiste ne souffre d’aucune ambiguïté :

« Gouvernance et efficacité des dépenses ? Par ordre décroissant, les trois taux de croissance les plus élevés du PIB enregistrés au cours des vingt dernières années sont : 6,3% en 2008-2009, 6,2% en 2010-2011, et 5,6% en 2006-2007. Aujourd’hui ? Aucun signe évident de croissance. Si le taux de 4% de contraction du PIB en 2019-2020 devait être confirmé, il s’agira d’une chute plus prononcée que celle de 3,8% qu’avait produite le tremblement de terre. De plus, dans la perspective d’une contraction en 2021, ce sera la première fois depuis l’embargo de 1991 qu’un repli du PIB aura été enregistré durant trois années consécutives. Haïti s’enfonce . »

Si grâce à Dorsainvil, nous pouvons deviner la relation entre le non-développement durable, l’empoisonnement des sources de la croissance et le siphonage du fonds PetroCaribe, nous pouvons aussi imaginer le rictus amer des administrateurs coloniaux du Core Group. C’est notre point de vue que ces derniers trouvent une excitation sexuelle en observant les catastrophes programmées qu’ils arrangent avec leurs subalternes haïtiens. En Haïti, tout semble se passer comme si les diplomates du Core Group et leurs shoukètlawouze haïtiens communiaient dans une symphorophilie, une espèce de pulsion sexuelle perverse, stimulée et libérée par la mise en scène de ce sinistre chaos. Aussi, importe-t-il de rappeler que les préfets coloniaux ont bâti une solide réputation de déviants. On pourrait même avancer que les fléaux et calamités qui entraînent la souffrance des Afro-descendants renvoient à certains fantasmes de contrôle total, de bondage, de domination et de sadisme sexuel qui rendent pâle l’infâme Jean Baptiste de Carradeux.

Comme si l’agrégat des troubles psychosomatiques de la transplantation ne suffit pas, c’est notre tour de spéculer que l’institutionnalisation et la fédération des gangs procèdent d’un défilé de symphorophiles planifié par des déréglés mentaux. Cette conclusion s’impose au constat de l’écroulement de la maison d’Haïti. À propos de ce « glissement de la nation » vers cet ordre cannibale permanent, tous les indices pointent vers les commanditaires traditionnels. En réalité, cette schizophrénie collective mettant en vedette des vilains sympathiques et des voyous fréquentables semble être animée par les marionnettistes du Core Group obsédé jusqu’à l’aveuglement dans un projet d’ingénierie sociopolitique. Il ne fait pas de doute que l’objectifest, comme nous le verrons plus loin, d’être la caisse de résonnance des recommandations du chancelier Talleyrand. Pour faire le point sur la situation haïtienne, il faut une lucidité exceptionnelle pour apprécier à sa juste valeur le cirque chorégraphié de la communauté internationale en Haïti.

Cependant, il faut toujours prendre de la distance par rapport à un contexte haïtien qui exige de soulever chaque pierre. C’est un sujet à méditer que les petits enfants de la brutale transplantation aient pu concevoir et organiser sous nos yeux une forme de traite intra-haïtienne. Clairement, le kidnapping représente un commerce odieux organisé au plus haut sommet de la société que la précarité économique à elle seule ne saurait justifier. Comme nous l’avons fait pour le restavèk et le bracero, il s’agit de dénoncer le formatage du disque dur de l’Haïtien avec une vision abominable du monde. Pour les incrédules, les conditions de détention dans les prisons haïtiennes rappellent étrangement le voyage sans retour dans les cales de négriers. Aussi, pour rompre avec l’attentisme du désespoir, croyons-nous à cette minute entendre Sartre dans L’existentialisme est un humanisme rappeler qu’« on peut toujours faire quelque chose de ce qu’on a fait de nous ».

Au risque de nous répéter, pour faire le lien entre notre trajectoire surdéterminée et nos ratages programmés, il faut toujours revenir sur le symbolisme du 1er janvier 1804. Et pour cause, rien n’a donc été négligé pour resserrer l’étau autour du cou du nouvel État. L’échec économique d’Haïti doit absolument servir à dissuader d’autres pays d’emprunter la voie de l’autodétermination. Au cœur de leur stratégie, les puissances du monde euro-chrétien n’ont rien perdu de leur motivation à « confiner cette peste dans son île [5] ». D’où ce cordon sanitaire approprié par les Haïtiens eux-mêmes qui ne jurent que par la volonté d’être esclaves. Lors de la première occupation, cette psychopathologie n’avait pas manqué d’attirer l’attention des psychologues américains. En effet, depuis la nomination de Sudre Dartiguenave, les Américains démontrent une étonnante dextérité et maitrise des techniques pour identifier les meilleurs chiens couchants. « 1994, 2004, 2010, 2021, c’est la quatrième fois, que, sous une forme ou une autre, des responsables haïtiens demandent aux Américains d’intervenir en Haïti. « 1994, 2004, 2010, 2021, c’est la quatrième fois, que, sous une forme ou une autre, des responsables haïtiens demandent aux Américains d’intervenir en Haïti ». Dans l’intervalle, ils continuent d’exécuter avec panache l’ordonnancement du chenmanjechen et la distribution des chenjanbe à la classe moyenne.

Par Alin Louis Hall