Claude joseph PM DE FACTO , le souvenir maudit de l’histoire d’Haiti : Il y a un problème d’autorité et Il n’y a pas de leadership à la tête du pays.

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Le manque d’autorité est l’un des reproches qui revient le plus souvent concernant Claude Joseph, que ce soit au sein de l’opposition ou de la majorité. L’actuel Premier ministre serait incapable de s’imposer  au gouvernement . “Rien n’est tenu, ça part en sucette de tous les côtés”.

La vocation première d’un Premier ministre n’est pas d’être populaire mais de protéger le président de la République. Il doit servir de paratonnerre, de fusible, pour permettre au chef de l’Etat de se présidentialiser, de prendre de la hauteur. Enfin, ça c’est la théorie. Depuis une quinzaine d’années, on constate tout l’inverse.

Mais nous sommes des gens civilisés, des politiciens de longue date et des parlementaires d’expérience. Pour nous, l’intérêt du pays passe avant tout. Être au pouvoir,en Haiti toutefois, n’est pas une obsession . Nous sommes très critiques envers le Premier ministre parce qu’il laisse les ministres (interieur et sécurité publique ) faire ce qu’ils veulent. Il n’y a pas de leadership à la tête du pays. Il y a un manque de discipline.

Haïti se trouve une nouvelle fois au bord du chaos. Le pays le plus pauvre des Amériques, paralysé par les grèves, vit sans Parlement depuis un an, le Sénat n’y existe quasiment plus, et son président, Jovenel Moïse, bien que rejeté par une partie de la population, s’accroche au pouvoir. Il est, selon lui, légitime jusqu’en 2022 (il avait été élu le 25 octobre 2015 lors d’un scrutin annulé pour fraudes, puis réélu un an plus tard). Mais le 7 février dernier, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire haïtien a reconnu la fin de son quinquennat. Le lendemain, le romancier, poète et opposant notoire, Lyonel Trouillot lançait un « Appel à la solidarité pour peuple en danger » sur L’Humanité.fr. Il donne sa vision de la crise institutionnelle et de ce que peut, ou ne peut pas, la littérature en Haïti.

Il faut remonter à la création de l’État haïtien au début du XIXe siècle et à l’assassinat de son fondateur en 1806, Jean-Jacques Dessalines. La révolution haïtienne était alors d’une grande modernité : anticoloniale, antiesclavagiste, antiraciste. Mais l’État qui en a résulté n’a jamais établi une sphère commune de citoyenneté, et un partage odieux du pouvoir a été effectué entre deux oligarchies, celle des affaires et celle du pouvoir d’État. N’ont ensuite été instaurés ni services publics, ni principe d’équité, ni égalité de chances, ni protection sociale pour la majorité. En conséquence, un écart s’est creusé entre la richesse des oligarchies et la pauvreté des masses, ce que certains chercheurs haïtiens ont appelé « L’État contre la nation ». Avec l’arrivée au pouvoir de chefs d’État populistes comme François Duvalier et Jean-Bertrand Aristide, cet écart s’est encore approfondi, quelques progrès ont été réalisés, mais l’organisation des rapports sociaux n’a pas été modifiée. Le duvaliérisme a été une odieuse perversion des revendications populaires et a donné lieu à une dictature qui prétendait, au départ, défendre les intérêts des masses. En réalité, elle n’a servi objectivement qu’à enrichir un personnel de parvenus et à consolider l’alliance entre les deux oligarchies. Depuis la chute de Duvalier en 1986, les masses expriment leur mécontentement, l’élection de Jean-Bertrand Aristide en 1990 en était d’ailleurs une expression. L’arrivée au pouvoir, en 2011, de Michel Martelly par des élections truquées et valorisées cyniquement par la « communauté internationale » a signifié un bond en arrière. L’écart entre les riches et les pauvres s’est aggravé, et le pouvoir a été utilisé comme source d’enrichissement personnel.

Jovenel Moïse est en opposition avec le pays. Il est supporté par une frange de la communauté internationale, il détient aussi des bandes armées, explique Lyonel Trouillot en ajoutant que le président de la République mise sur certaines personnalités bénéficiant de quelques avantages de son pouvoir.

Tout ce que PHTK peut produire n’est autre que du pourrissement, fustige le romancier.

« Aucun peuple n’acceptera de souffrir éternellement. Si la communauté internationale n’a pas remarqué le niveau du mécontentement de la population envers Jovenel Moïse. Cependant, celui-ci, ne peut pas faire semblant de rien voir », argue le journaliste.