Coup d’état de Claude Joseph: le journaliste Marcus Garcia le dénonce!

1958

Claude Joseph est trop pressé. On dirait Leslie Manigat et sa ‘percée louverturienne.’ Le cadavre présidentiel est encore chaud qu’il a sauté dans le fauteuil. J’y suis j’y reste. Plus que le secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken qui l’appelle le matin même pour lui dire que Washington apporte son appui, c’est lui qui aurait appelé pour dire : ‘I am ready’.

En effet en politique le sens de l’initiative est primordial. Tant pis pour ceux qui disent que le premier ministre a.i. semblait avoir tout calculé et que c’est le coup de poignard de Brutus, comme quoi Jovenel criant dans son dernier soupir : Et toi aussi Ti Claude!

En face, car nous en avons pour le moment (seulement !) deux : l’autre premier ministre, nommé, arrêté présidentiel à l’appui, déjà en phase d’installation, mais Ariel Henry commet un seul péché : le retard. En politique ça ne se pardonne pas. Dr. Ariel Henry attend, contrairement à son rival, vingt-quatre heures avant d’intervenir. Rien n’empêche de penser qu’il avait peur. Et encore avec maladresse : « Claude Joseph n’est pas premier ministre, il est un ministre de mon gouvernement ». Quel gouvernement ? Allez savoir.

Cependant Claude Joseph, trois jours plus tard, n’a pas conforté non plus sa position. Il est au même point or l’opposition commence à reprendre l’initiative. Il est vrai à sa façon. C’est-à-dire beaucoup de bruit pour rien. Sans un projet.

Tandis que Claude Joseph a l’avantage du support international, mais il n’en fait rien. Où est la dernière proposition de l’OEA (organisation des états américains) soumise au défunt président pour débloquer la crise ? Rappelons : la nomination d’un nouveau premier ministre (ce fut le doc Ariel Henry) ; un nouveau gouvernement de consensus c’està-dire formé avec la participation de tous les secteurs concernés et l’installation d’un nouveau conseil électoral provisoire (CEP) pour l’organisation de nouvelles élections générales avant le 7 février prochain, date constitutionnelle pour l’in#vestiture du nouveau président élu.

Mais Claude Joseph fait tout le contraire. Il s’ins#talle. De lui-même. ‘Li kanpe sou bit li’. ‘Selon la constitution, j’ai mandat de conduire la nation jusqu’à l’installation du nouveau président élu de la république.’ Et cela répercuté sur toutes les antennes dans le monde entier. Oh oh ! Ce n’est bien sûr pas (tout à fait) ce que dit la Constitution. Pas étonnant donc que ses adversaires (et de tous les camps, y compris ses frères ennemis) crient au loup ! Coup d’état !

Pourquoi Claude Joseph a-t-il décidé de faire fi de tout, y compris des propositions de l’OEA ? Est-il prisonnier de sa propre audace ? A-t-on affaire à une seule et même équipe ? N’est-il que l’arbre qui cache la forêt ? Et que plus qu’un coup d’Etat pré-électoral, il s’agit d’une politique de fait accompli ? ‘Nou fout pran l nèt.’ Toutes ces questions se posent à propos du camp au pouvoir … mais en face l’opposition, ce n’est pas moins la confusion. A peine Ariel Henry sort-il (enfin !) de l’ombre avec une proposition qui se veut plus proche des prescrits constitutionnels (le mauvais sort, qui nous poursuit hélas, ayant voulu que le représentant en titre du poste en question, le président de la Cour de cassation, Me René Sylvestre, soit décédé presque jour pour jour, de la Covid-19), quelle est la proposition en question : Dr Ariel Henry, premier ministre ; Joseph Lambert, président du tiers restant du Sénat choisi comme président provisoire de la République … Plutôt tiré par les cheveux !

Or aussi bien Ariel Henry que le sénateur Joseph Lambert sont considérés l’un comme l’autre comme des suppôts du régime en place (le PHTK de l’ex-président Michel Martelly). Ariel Henry comme ministre sous Martelly, Lambert comme éminence grise ou ‘Papa Tounen.’ Ce que ne manque pas de rappeler le troisième larron : le Secteur dit démocratique et populaire. Donc pas question de monter non plus dans le train Lambert.

Ledit secteur cependant ne se foule pas la rate davantage pour de son côté faire une proposition puisque c’est là son rôle depuis le début en ce qui le concerne : foutre la pagaille. Comme disait je ne sais plus qui : il en sortira tou#jours quelque chose ! Pour un peu on regretterait la disparition du président Jovenel Moïse. Bien que le responsable en titre de tout ce merdier, mais peut-être qu’il commençait à céder à la pres#sion aussi bien locale (avec des secteurs vitaux comme les églises, le secteur des affaires, le grondement de la rue livrée aux gangs armés etc), qu’internationale et non pas tant de l’administration Biden proprement dite mais des voix qui s’élèvent au Congrès américain ainsi que chez les ‘concerned citizens’.

Mais pour le moment c’est le roi est mort, vive l’anarchie !

Claude Joseph se croit probablement plus fort qu’il ne l’est en réalité, ses propres associés le boufferont. Je dirais méchamment comme ils viennent de faire du président. Attention, désormais ‘jwèt la make san.’ Tandis que l’opposition, faute d’idées nouvelles, de leadership, bref d’alternative et tant s’en faut devant un pays en voie de disparition totale, ne peut que s’enfoncer dans son propre néant, y entrainant aussi la Nation. Irrémédiablement.

Marcus Garcia,
Haïti en Marche,
10 Juillet 2021