De quel droit un pouvoir illégitime, déraisonnable et corrompu , dirige nos vies ? “la honte de la République“

34

On ne peut plus rien faire , rien dire , eux parlent comme si ils avaient le droit de vie ou de mort sur nous.

Il pleut à Washington. A la 12e étage de la BID, au 1300 New York Avenue, Luis Alberto Moreno pense au soleil d’Haïti, pays qu’il visite au moins trois fois par an. Pour le Colombien aux lunettes rondes, il n’y a pas de meilleure illustration de son « engagement personnel » et de celle de la banque qui mobilise plus de 100 personnes sur place. Bien vite, c’est la météo politique qui s’invite dans l’entretien exclusif accordé au journal par le président de la BID. Par ces temps de crise post-électorale, de difficultés économiques pour beaucoup de pays émergents, contributeurs de la banque, Haïti a besoin de tout, sauf d’un nouveau président et d’élus illégitimes.

« La légitimité et le mandat fort du nouveau président seront déterminants pour faire face aux énormes défis auxquels Haïti est confrontée », a indiqué Luis Alberto Moreno, soulignant qu’en Argentine, au Venezuela et au Guatemala où un gouvernement corrompu a été renversé, « les gens sont debout pour la liberté, une meilleure qualité de la démocratie et de meilleurs gouvernements ». « Je pense que quel que soit le président élu, il devra faire face à des choix difficiles en assurant que nos dons à Haïti soient bien investis. Le gouvernement doit faire les réformes essentielles pour permettre à nos investissements d’avoir du succès », a rappelé Luis Alberto Moreno avant de taper sur le doigt du gouvernement, qui a un mauvais carnet dans le secteur de l’énergie électrique. « Je dois dire que je suis frustré par ce gouvernement à cause de la manière dont il a géré l’ED’H », a affirmé Luis Alberto Moreno, conscient de son rendez-vous et de celui de la BID avec l’histoire par rapport à leurs engagements et l’efficience de leurs actions.

« Nous avons un grand engagement pour Haïti. Ce que j’espère voir du nouveau gouvernement c’est un engagement égal et sérieux pour passer au travers des défis auxquels nous sommes confrontés parce que les ressources financières, malheureusement, baisseront », a dit Luis Alberto Moreno, qui évoque le « penser à deux fois » par rapport à l’octroi des dons à Haïti jusqu’en 2020. « S’il y a des doutes, pour quelque raison que ce soit, je pense que nos donateurs réfléchiront deux fois. Ce n’est pas seulement la BID. Je pense que c’est le cas des Etats-Unis, du Canada, de l’UE qui sont les plus grands donateurs d’Haïti », a indiqué le président de la BID. Sans langue de bois, Luis Alberto Moreno reconnaît qu’il y a aussi une « fatigue » au sein des donateurs, pas seulement la BID, qui observent l’absence de continuité dans la gestion des dossiers, le spectre récurrent de l’instabilité politique et la lenteur, sinon l’incapacité à réaliser les réformes indispensables pour que les investissements consentis en faveur d’Haïti aient l’efficience espérée. L’aide publique à Haïti va aller en diminuant, selon lui. « La situation dans laquelle était Haïti il y a cinq ans où la communauté internationale voulait supporter Haïti de différentes manières a changé. Pas parce que les gens n’analysent pas les besoins d’Haïti mais parce que la demande de pays développés et de nos gros donateurs a augmenté de manière significative », a souligné Luis Alberto Moreno.

Pour illustrer les difficultés économiques des pourvoyeurs de fonds à la BID, Moreno indique qu’il y a la baisse des prix des commodités, le pétrole à très bas coût qui affectent beaucoup le Venezuela, la Colombie, le Mexique entre autres. Les taux d’intérêts se sont mis à monter comme on l’a vu hier avec la décision de la FED des Etats-Unis et le dollar devient fort. « Ces changements économiques affectent la croissance économique de beaucoup de pays émergents», a insisté le président de la BID. Ces pays latino-américains, grands contributeurs de la BID, qui ont pris des engagements envers Haïti après le séisme de 2010, annulé près de 400 millions de dollars de dettes et avalisés 2 milliards de dollars de don sur dix ans, à raison de 200 millions l’an, placent très haut la barre de leurs exigences. A mi-chemin de l’engagement pour aider Haïti, l’esprit d’aider est « toujours là ». Mais il y a un mais, a expliqué Luis Alberto Moreno, qui rappelle aussi que la transparence est sur la liste des exigences de la BID. «Nous sommes liés à la transparence.

La transparence sera un sujet très important. Nous devons démontrer que nos partenaires en Haïti sont également transparents », a affirmé Luis Alberto Moreno, qui n’a pas voulu s’exprimer sur une investigation, un audit en cours, a appris le journal d’autres sources, concernant l’incapacité pour le moment du gouvernement haïtien à communiquer des pièces justificatives correctes pour la location d’équipements lourds de l’Etat haïtien à la compagnie Agri-Trans pour effectuer des travaux sur la route reliant Caracol au parc industriel.

L’Etat haïtien s’est engagé a fournir ces pièces justificatives, a également appris le journal. Parce que tout le monde doit mettre la main à la pâte, pour Luis Alberto Moreno, les riches doivent payer plus de taxes et avoir une plus grande implication dans la mobilité sociale et économique avant de conclure par un : « Sortez, votez pour qui vous voulez. Il faut que le nouveau président ait un mandat fort, qu’il soit représentatif ».