Edmond Paul, Les causes de nos malheurs :Tout gérant ou Pouvoir ignorant assurera l’empire de la misère en Haiti (2)

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Est-il besoin de vous répéter pourquoi ?

Écouter : Si vos institutions sont nulles, si la force brutale se prétend loi, si tous les citoyens ne sont pas également protégés, si toutes les espérances s’envolent ; alors la défaillance, alors la peur, alors la débâcle menacent votre édifice lui-même.

Des preuves ?

D’abord reportez-vous à 1844. Notre justice sociale, à cette époque, avait paru totalement voilée. Il en est résulté que des citoyens, fous d’égarement, ont couru au-devant d’une Nation Étrangère, de la France, l’implorant avec tous les signes de leur détresse, la suppliant de couvrir Haïti de son manteau tout-puissant.

Souvenez-vous aussi de cette scission des Dominicains, – et de ce que, depuis lors, elle nous a coûté d’hommes, d’argent, de soucis ; de ce qu’elle nous vaut encore d’alarmes, de peines et de sacrifices !

Puis songez aux autres scènes plus honteuses de 1869. Il est cons- tant qu’au Congrès de Washington ont été entérinés les actes solennels par lesquels nos deux Gouvernements, alors rivaux, et soûls de leurs luttes, ont l’un et l’autre offert à l’Amérique une portion de notre territoire pour prix de son assistance marchandée.

Il n’y a donc pas à en douter : nos luttes fratricides sont mortelles à notre Indépendance.

Quand et comment les culbuterons-nous ?

Irons-nous toujours culbutant nos gouvernements sans presque ja- mais perdre haleine, appelant au contraire plus volontiers que les nouveaux Pouvoirs à se réédifier sur les détestables bases d’où il faut les reculbuter ?