François Duvalier, le nationaliste méconnu

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un homme, médecin de profession, issu de la génération des maîtres à penser de 1946, accède au pouvoir suprême de l’État, suite à des élections au suffrage universel. Cet homme, ce géant, c’est François Duvalier. Il est méconnu, peu connu ou simplement mal connu. Invité à participer en décembre dernier à une conférence à la Médiathèque de l’institut Français de Casablanca au Maroc autour du thème : Brassage politique des peuples issus de la période post-coloniale française, des professeurs d’université, anthropologues, écrivains et chercheurs, m’interrogèrent sur la pensée de cet homme qui met en question beaucoup de concepts et sur les divers thèmes traités dans ses oeuvres essentielles et dans son livre magistral,« Un Leader du Tiers-Monde ». Nous avons évoqué également les mêmes problématiques avec les Béninois à l’Université Nationale du Bénin (UNB). L’intérêt porté par ces hommes de 25 à 60 ans pour l’oeuvre de François Duvalier nous a poussé à des réflexions. Selon eux, on doit placer François Duvalier au rang d’un Kwame NKruma ou d’un Gamal Abdel Nasser d’Egypte.

L’héritage culturel similaire et l’expérience coloniale contribuent à forger cette âme commune entre eux et nous, haïtiens. Il est décevant de constater que certains des intellectuels haïtiens occidentalisés sont incapables de bien situer François Duvalier, voire d’accorder respect et mérite à ses idées. Leur sens analytique fond devant les préjugés de nos détracteurs. Dans notre article du jeudi 13 mai 2004 dans Le Nouvelliste, nous avons parlé de l’insuffisance de ces hommes de chez nous.

Si le peuple français, avons-nous écrit, continue à aduler Napoléon Bonaparte, c’est pour les gloires de ses conquêtes et non pour ses cruautés en tant que conquérant. Duvalier est le produit prototype de la colonisation. Tous ces grands hommes ont tous été frappés du sceau de la singularité en raison de leur destin hors du commun. L’histoire des pays dominés par le colonialisme a connu, depuis plus d’un demi-siècle une nette évolution vers l’indépendance politique et la mise en question du néo-colonialisme. Des leaders tels que le Maréchal Tito de l’ancienne Yougoslavie, David Ben Gourion d’Israël, Hamed Sekou Toure de la Guinée ont compris qu’ils ne pouvaient plus laisser leurs peuples vivre indéfiniment dans la crasse, la misère sous le joug des grandes puissances. Il était nécessaire d’adopter de nouvelles conceptions, de nouvelles conduites dans la gestion des affaires de l’État.

L’élite intellectuelle haïtienne n’était pas restée en dehors de ces courants. Dans les années 40, François Duvalier, Michel Aubourg, Léonce Viau, Emmanuel C. Paul, Jean-Baptiste Romain etc. avaient déjà tracé dans leurs écrits les lignes de conduite, les conceptions qu’il fallait à cette classe d’hommes pour se libérer du joug des préjugés négatifs hérités du colon. Ces préjugés de toutes sortes pervertissaient la vie sociale en Haïti et constituaient de sérieux obstacles à l’éclosion de la classe moyenne et à l’épanouissement des masses populaires urbaines et paysannes. Rappelons ici un fait dans le parcours de François Duvalier : malgré son éducation, comparable à celle d’un moine qui rentre dans le monastère, il était obligé d’accepter d’être le mouchard du gouvernement du président Sténio Vincent comme condition de son admission à la Faculté de Médecine. Il reçut son diplôme en 1934 signé par le Président de la République, le seul habilité à le faire à cette époque. Il n’était pas du tout aisé pour un jeune de teint noir d’embrasser la carrière médicale dans ces temps-là. C’était le domaine réservé aux jeunes de teint clair. Quand nous voyons de nos jours les jeunes de l’arrière pays franchir les portes de nos universités grâce à leur qualification, nous les vieux du présent, nous nous disons avec satisfaction que ces jeunes ignorent le prix payé par nous au temps des préjugés à outrance. Sorte d’apartheid à l’haïtienne. Oubliant cet aspect de la vie sociale haïtienne, une partie de l’élite feint de ne pas comprendre pourquoi Duvalier au pouvoir gouvernait avec tant de rigueur envers tous, Duvaliéristes ou pas, coupables d’un délit politique ou moral contre la majorité nationale. Cette attitude est taxée le plus souvent de dictatoriale le plus souvent pour répondre aux vocables d’un colon d’un nouveau genre ayant sous son contrôle la puissance médiatique. Cependant de nos jours, infractions à la loi, dénonciations et corruptions pullulent tandis que notre code pénal ne vit que de son ombre. C’est le règne de l’impunité. Élu Président, Duvalier invita son adversaire principal l’agronome Louis Déjoie, un bourgeois aristocrate, à choisir son poste dans son gouvernement ainsi que Clément Jumelle, homme de la classe, ancien candidat à la présidence, ancien ministre des Finances du gouvernement du 8 octobre 1950. Ce dernier, à cause des intimidations de Clément Barbot, Chef de la Police secrète du régime, mitraillette en main, préféra ne rien accepter. Cette attitude hostile de Barbot sembla s’expliquer du fait que la main d’une fille proche de la famille Jumelle lui avait été refusée à cause de son statut social d’instituteur d’une École Nationale de Saint-Marc. En effet à l’époque, fortune, bonnes moeurs et rang social étaient les critères d’acceptation dans certaines familles.

Duvalier avait le souci d’inclure toutes les tendances dans son gouvernement. Il avait utilisé les services des cadres compétents du clan Jumelle au profit du pays. Un Hervé Boyer, docteur en économie, avait occupé le poste de ministre des Finances. Pierre Eustache Daniel Fignolé, brillant professeur des mathématiques, maître incontesté des masses de Port-au-Prince, ancien candidat à la Présidence et Président Provisoire pour 19 jours aurait pu avoir son poste de ministre aux côtés de Duvalier s’il était d’une certaine clairvoyance politique. Son départ forcé pour l’exil était l’oeuvre de l’intelligence de François Duvalier. Ce n’était pas sans calcul que Me Frédérique Duvignaud, aristocrate hautain, occupait le poste de ministre de l’Intérieur dans son Cabinet. Il n’était pas un homme facile. Lors de son installation, Duvalier s’exprima en ces termes : « en désignant Me Duvignaud au Portefeuille de l’Intérieur, j’espère que la bourgeoisie me comprendra. » Duvalier consulta pour des conseils son aîné, le président Sténio Vincent. Le gouvernement de Duvalier était ouvert aux différentes sensibilités politiques contrairement à l’autre qui voulait tout pour lui en gouvernant uniquement avec les masses et a tout perdu en 2004. Dans ce contexte, nous présentons des fleurs au président René Préval. Nous avons encore à l’esprit l’épisode de sa prestation de serment comme 8ème Président à Vie de la République. Au Parlement en 1964, le représentant des Etats-Unis, se sentant succombé à un malaise, s’était permis de s’asseoir. Duvalier l’ayant aperçu, il interrompit son discours et appela l’Ambassadeur René Hyppolite, Chef du Protocole et lui demanda de se rendre auprès de l’Ambassadeur et de lui dire de rester debout pendant tout le discours du Chef de l’État.

Ce ne fut qu’une simple question de décence protocolaire, l’Ambassadeur obtempéra. On doit être, à l’exception d’un Nord Alexis, un François Duvalier pour le faire. Homme toujours soucieux du relèvement de notre prestige national de petit pays. C’est ce souci de fierté et de mémoire qui a poussé Dr Rony Gilot à écrire son dernier ouvrage « Duvalier Le Mal Aimé » que l’on peut considérer comme un monument de l’histoire politique du pays pendant ces 57 dernières années. Duvalier au lit de mort disait avec amertume : « Des hommes pour qui je me suis tant sacrifié, voilà ce sont eux qui m’ont trahi. » Il se sentait abandonné par ses forces et concluait plus loin : « Je sais qu’il me faudra d’autres générations pour parfaire ma révolution. » Nous voilà en l’an 2007, année du centenaire de sa naissance, 36 ans après sa mort. Notre diplomatie est réduite à la porte des plus intrigants, de nos flibustiers et grands mangeurs. Où sont passés nos Léon Laleau, nos René Charlmers, anciens ministres des Affaires étrangères ? Colère et impuissance doivent être leur lot là où ils sont.

Un Chef de l’État, courageux et visionnaire comme le fut François Duvalier, avait toujours à l’esprit les hommes qu’il fallait s’il s’agissait de défendre l’honneur national. Considérant l’ensemble des actes politiques de François Duvalier, on ne peut s’empêcher de conclure qu’il avait la capacité de transcender, aujourd’hui encore, sa mémoire fascine les grands hommes du Tiers-monde. Le moment décisif, Duvalier savait bien l’assurer. Les bicolores noir et rouge, couleurs des Dessalines et Christophe, adoptés en 1964 par Duvalier, sont, paraît-il, les porteurs réels de notre honneur national et de tous les voeux des Pères de la Patrie. C’est le bleu et le rouge qui sont toujours présents dans les moments de faiblesse de la nation.

Les occupations de 1915-1934, 1994 et 2004 en témoignent. La majorité nationale durant son règne éprouvait une sorte de fierté d’appartenance et apportait sa pierre au devenir de sa politique. Dans ce cadre, référons les jeunes des générations présentes et celles à venir à ses ouvrages, tels : « Un Leader Du Tiers-Monde et les Différents Tomes de ses Oeuvres Essentielles ». Un leader sérieux ne peut parler de futur s’il ne fait preuve de caractère dans la gestion des évènements du présent. Si le président Dumarsais Estimé, le progressiste des Verrettes, était suffisamment entouré des hommes qu’il fallait, le Major Paul Magloire n’aurait jamais laissé à pied le grand Quartier Général de l’Armée, accompagné de ses complices de l’État Major, pour se rendre au Bureau du Président et lui exiger sa démission. Il fit ainsi avorter la révolution de 1946, date charnière de la prise du pouvoir par la majorité nationale à travers les membres les plus avancés de la classe moyenne et nous laissa ainsi les tristes souvenirs du 10 mai 1950, date du coup d’État. La sociologie politique nous enseigne que dans les pays sous-développés, dont l’histoire est marquée par le colonialisme, il ne peut exister de réactionnaires privilégiés proches du pouvoir. C’est le cas pour Haïti qui a conquis son indépendance par les armes à la France. Cette tranche d’histoire est l’une des plus glorieuses du XIXe siècle, elle marque le degré élevé de la dignité politique de la race noire. En effet, à l’époque, Napoléon ne faisait que conquérir le monde par les guerres. Duvalier avait bien compris cette tranche d’histoire et en avait tiré la leçon. Dès sa prestation de serment, il nomma l’architecte de la présidence pour 19 jours de Daniel Fignolé, Me Emile Saint-Lot comme ambassadeur d’Haïti en Éthiopie. On doit reconnaître que ceux qui avaient survécu à la guerre de l’indépendance avaient bien mené la barque nationale, qu’il ait été noir ou mulâtre. C’est la montée des préjugés habillés de trop d\’arrogance qui ont tout basculé. Si le mulâtre d’hier était plus intelligent, il aurait pu avoir les rênes du pouvoir jusqu’à présent. Pour nous, pourvu que le pays soit bien géré, peu importe la condition épidermique. Max Bolte, mulâtre de descendance allemande, conseiller au sein de l’équipe chargée de la campagne de Louis Déjoie avait prédit en 1957 à celui-ci qu’il allait faire reculer le pouvoir à la bourgeoisie pour 50 ans. Nous voilà en plein dans sa prédiction. Constatant de nos jours les lamentations de tout un chacun concernant nos calamités, on ne peut s’empêcher de penser à rebattre les cartes de l’échiquier. Il est unanimement reconnu que la situation socio-économique et sécuritaire a totalement dégénéré depuis 1986. Le coût de la vie a beaucoup augmenté, les prix des produits de première nécessité ont vertigineusement grimpé. Jusqu’en 1962, on pouvait acheter la petite marmite de sucre à 35 centimes, la barre de savon de lessive à 30 centimes, la « glosse » d’huile à 40 centimes,la petite marmite de farine à 45 centimes,le sac de ciment à 7 gourdes. Nous n’ignorons pas les fluctuations, les répercussions, l’interdépendance des marchés en économie. Cependant, seule la mauvaise gestion peut être responsable de l’état actuel des choses. D’où la nécessité d’une nouvelle équipe au pouvoir. Le Duvaliériste a déjà fait ses preuves, nous sommes pleinement conscients que nous n’étions pas pour autant des saints. L’erreur est du domaine de tous les humains, mais peut-on laisser la dignité nationale à la dérive entre les mains des hommes de 1990 ? Plus jamais. C’est à cette tâche que nous voulons nous adonner en pensant à Jean-Claude Duvalier, fils unique du précurseur de 1957. Il est encore auréolé d’un symbolisme vivant. L’égrégore « Duvaliérique » est encore bien solide dans les coeurs des masses. Il faudrait mettre de côté les rancoeurs contre les méfaits des « Macoutes ». En effet, tout Haïtien détient à l’état latent le macoutisme dans le sang, tare de notre haïtianité. Que d’actes, d’actions abominables ont été commis par les hommes de l’après 1986 ! Un proche du régime voulant coucher une belle écolière de son quartier plaça le père en détention frauduleusement au Fort-Dimanche afin de porter la fille et la mère à entreprendre des démarches auprès de lui. Ayant pris connaissance de ce forfait macabre, Duvalier le fit placer en détention en lieu et place du père. Sept mois plus tard, il fut appelé en jugement et continua à nier les faits. Duvalier, avec son sourire habituel, ordonna de l’emmener à nouveau à sa cellule où il finit ses jours. Cette solution est certes non conforme à l’orthodoxie démocratique. Nous en convenons. Là, résident nos particularités sociologiques. L’occident chrétien n’arrive pas à comprendre la dualité culturelle existant chez l’haïtien. Duvalier qui connaissait les us et coutumes du peuple haïtien prenait des mesures drastiques pour résoudre des problèmes complexes. Il indiqua, à travers ses écrits, à l’élite intellectuelle et à la classe comment traiter les réalités conformément à la mentalité de nègres que nous sommes.

L’haïtien est devenu un blanc à peau noire dans sa pratique culturelle. Voilà l’origine de tant de disparités chez les élites du pays et de tant de mécontentements de ces mêmes élites contre Duvalier. Voilà aussi l’origine et les causes de nos discordes politiques périodiquement répétées et qui expliquent aussi l’absence de cohésion sociale dans le pays. La colonisation greffée sur la race et l’héritage culturel africain causa les particularités d’Haïti dans les Antilles. Ses attaches et coutumes sont restées si profondément africaines. Duvalier en était conscient, c’est ce qui alimenta sa foi et intensifia la construction de sa position doctrinale. Si de nos jours, le Parti de l’Unité Nationale (PUN) qui amena Duvalier au pouvoir en 1957 a pu ressurgir avec force et vigueur, c’est que l’enseignement qu’il a laissé a bien germé à travers les générations montantes. En 1971, au lit de mort, il ne pouvait s’empêcher de dire que « C’est malheureux qu’il faudra plusieurs générations pour parfaire son travail politique. » Et il paraît qu’il avait raison dans sa vision des choses. Les pensées de ces grands hommes tels que Jésus-Christ, Mahomet, Nasser, Charles de Gaulle, Sekou Touré, Duvalier occupent les mémoires pendant longtemps et même des siècles. L’école historico-culturelle, «Les Griots », qu’il fonda en 1932, imposa l’avènement des masses au pouvoir, le président Dumarsais Estimé en donna le signal en 1946. 1957, 1990, 2006 en sont les suites et conséquences. Sans François Duvalier, il n’y aurait jamais eu Jean-Bertrand Aristide et René Préval. Contrairement à un petit nombre d’intellectuels frappés de cécité historique, voire dénaturés dans leur entendement du fait de la méconnaissance totale de leurs origines sociales. Nous avons encore en mémoire quelques uns des graves évènements qui ont failli mettre en péril le régime et la souveraineté du pays. Les ennemis du pouvoir de Duvalier utilisaient en 1961 très souvent le territoire voisin pour narguer Duvalier en attaquant les avant-postes de la frontière et en repliant. On disait que la plupart de ces attaques étaient l’oeuvre du Général retraité, Léon Cantave. Duvalier était fatigué de ces promenades, qu’il qualifiait de fantaisistes. Selon les rapports du commandant des unités de combat des Forces Armées d’Haïti, le bataillon des Casernes Dessalines arriva sur les lieux et suite aux manoeuvres de reconnaissance, il ne put identifier aucun assaillant. A un second rapport négatif, Duvalier demanda pourquoi aucune cible n’est visible sinon la tête de la cathédrale. C’est alors le Chef Suprême des forces Armées d’Haïti, revêtu de la majesté et de la puissance amère qui le caractérisa ordonna à l’officier de nos garnisons de lui offrir la cathédrale, répétant ainsi le geste du Général Christophe contre le Général Français Rochambeau. Le commandant transmit les ordres à ses subalternes, les spécialistes les mirent en exécution. Ils brisèrent la tête de l’édifice par quelques coups de Bazooka. Mais le Chef de l’État voisin ne jugea pas bon de riposter à l’attaque délibérée malgré la supériorité numérique de son armée forte de 150.000 hommes.

Dans ce contexte il faudrait rappeler que le Dominicain acceptant très mal l’occupation de Boyer, qui dura 25 ans, caresse le désir jusqu’à présent d’occuper Haïti même pour 24 heures. Le président Raphaël Léonidas Trujillo préféra porter plainte à l’ONU, le Conseil de Sécurité se saisit de la question. Voyant les choses passer ainsi, un jour le président Duvalier s’adressant à quelques officiers sur cet évènement exceptionnel leur dit : « Si notre légendaire bataillon tactique était déjà à 80.000 hommes de troupe ajoutés aux Volontaires de la Sécurité Nationale, il aurait attaqué puissamment le territoire voisin pour les pousser à se battre avec notre armée accompagnée de nos 350.000 miliciens sous les armes , même pour venger nos 20.000 concitoyens massacrés injustement à Ouanaminte en 1936 le long de la frontière. » Connaissant sa façon farouche de déterminer les choses, Duvalier l’aurait fait.

A une autre occasion en 1963, la Chancellerie Dominicaine envoya à Haïti une note de protestation caractérisée d’ultimatum par Duvalier. Le gouvernement dominicain relate qu’il vient d’apprendre que son ambassade a été envahie par les membres de la force publique haïtienne et que des soldats de cette force y sont demeurés. Duvalier à la lecture de ce texte saisi d’une fureur saine réagit en ces termes : « A cet ultimatum d’une violence rare dans les annales diplomatiques je répondis du tac au tac en passant comme toujours aux actes concrets, je décidai de rompre les relations diplomatiques et consulaires avec le gouvernement dominicain du président Juan Bosch immédiatement, Je mis alors sur pied de guerre les courageuses Forces Armées d’Haïti et les fameuses Légions de mes Volontaires de la Sécurité Nationale. Je verrouillai également les frontières maritimes et terrestres. La situation revêtait une gravité telle, des Membres du Corps Diplomatique accrédités auprès de mon gouvernement eurent la conviction que la guerre allait éclater. » (cf. ”Un Leader du Tiers-Monde, pp. 107-134 pour un récit historique in extenso). Comme conséquence, l’OEA prit fait et cause du différend sur plainte d’une des parties. Une délégation fut envoyée et Duvalier la reçut avec les honneurs dus à leurs rangs tout en ayant soin en bon manoeuvrier de bien informer son peuple déjà massé sur les pelouses du Palais National.

Après le départ de cette délégation, Duvalier fit à son peuple la relation des entretiens, tout en ayant soin de leur souligner que de son vivant au péril de sa vie, jamais une puissance étrangère ne foulerait le sol de Jean-Jacques Dessalines en maître. Ainsi parla-t-il toujours à ces puissances étrangères qui jouèrent en coulisse contre les régimes nationalistes. C’est alors que le peuple fanatisé et chauffé à blanc dans son sens patriotique cria à poitrine ouverte pour la première fois Duvalier pou tou tan (Duvalier à Vie). Il reprit le microphone et dit : « Si c’est votre désir que je sois le huitième Président à Vie de notre histoire, je suis prêt à répondre aux voeux de la Nation. » C’est ainsi qu’il vainquit toutes les conspirations nationales et internationales.

Clark W. Gaston