HAITI-VERTIÈRES : le jour où le droit à l’afro descendance et à la citoyenneté a triomphé dans les Amériques

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Valmy, Austerlitz, Ulm, Waterloo… autant de batailles dont les noms nous sont familiers. Mais qui, en dehors d’Haïti, a déjà entendu parler de la bataille de Vertières, point d’aboutissement spectaculaire et sanglant de la guerre d’indépendance haïtienne ? Qui sait que cet affrontement s’est soldé, le 18 novembre 1803, par l’une des pires défaites napoléoniennes ? Que les Noirs s’y réclamaient des idéaux de la Révolution ? Ceux qui connaissent cette histoire sont peu nombreux, car la France vaincue s’est employée à effacer les traces de sa déconfiture dès la bataille terminée. Depuis 216 ans, Vertières est tour à tour occultée, à peine mentionnée ou encore mal datée, sans parler de l’argument encore prévalent selon lequel les soldats de l’armée indigène n’auraient pu triompher n’eussent été de la fatigue et du découragement des soldats français et de l’aide militaire de l’ennemi britannique allié à Jean-Jacques Dessalines. Pourtant, Vertières aurait dû faire date : son issue, désastreuse pour la puissance coloniale française, allait fissurer de manière irrémédiable les assises de l’esclavage et du colonialisme. Vertières consacrait la victoire du droit à la vie (et donc à l’afro-descendance), à la citoyenneté et à la liberté.

La bataille de Vertières du 18 novembre 1803 est la plus grande et la dernière des trois grandes batailles de la guerre de l’indépendance. Les deux autres grandes batailles sont celle de la Ravine-à-Couleuvres du 23 février 1802 suivie de celle de la Crête-à-Pierrot (4-24 mars 1802). Au cours de ces deux grandes batailles de 1802 dans l’Artibonite, ce sont les troupes indigènes qui étaient assiégées par les troupes françaises de Leclerc. Mais lors de la bataille de Vertières, ce fut le contraire. Ce sont plutôt les troupes françaises qui étaient cette fois assiégées par les indigènes. Les troupes de Rochambeau contrôlaient dix forts dans les environs de la ville du Cap dont deux, Picolet et d’Estaing, protégeaient le port. Les autres huit fortifications étaient Vigie, Bréda, Pierre-Michel, Bel-Air, Jeantot, Hôpital Champlain, Vertières et la butte Charrier.

Ces forts assuraient l’hégémonie des Français et protégeaient l’accession à la ville du Cap. Les troupes françaises étaient tellement bien implantées dans le fort Vertières, situé à deux kilomètres du Cap-Haitien, qu’elles pensaient que personne ne pourrait les déloger. Avec un astucieux dispositif de cavalerie, d’artillerie, et surtout de grenadiers qui méprisaient la mort, les forces indigènes (20 000 contre 5 000 Français), firent la preuve d’une étonnante supériorité pour vaincre la plus grande armée d’Europe : vaillance, courage, intrépidité, capacité d’organisation, de stratégie et de tactique, don de soi, générosité, etc. La volonté de vaincre était au plus haut point, même si le prix à payer en vies humaines était très élevé.

Les Français répondent par des actions répressives à la détermination des soldats insurgés. Comme le relate Beaubrun Ardouin, les Français « les noyaient, les pendaient, les fusillaient, les étouffaient dans la cale des navires » avant de les faire « dévorer par des chiens amenés de Cuba [2]. » L’intensification de l’extermination atteint des sommets quand Rochambeau fit exécuter une centaine d’hommes à Jacmel. Ardouin écrit : « Rochambeau les fit embarquer sur un navire de guerre : on les plaça dans la cale en fermant hermétiquement les écoutilles, après y avoir allumé du soufre. Ces malheureux furent asphyxiés et leurs cadavres jetés ensuite dans la mer. C’est à ce barbare qu’on doit imputer ce genre de mort, qu’il inventa dans sa rage d’extermination et qui fut employé si souvent sous son gouvernement [3]. » Un crime précurseur des chambres à gaz des nazis que Claude Ribbe [4] a dénoncés clairement en 2005, sans référence oblique ni écriture détournée, en montrant la commune dynamique politique qui unit ces crimes de Napoléon à ceux d’Hitler. Mais dans la conjoncture de 1803, ces crimes ont soudé les soldats de l’armée indigène qui ont préféré mourir au combat plutôt que d’être dévorés par les chiens anthropophages de Rochambeau ou d’être gazés au dioxyde de soufre.

Commandant les forces indigènes à partir de l’habitation Le Normand de Mézy au Limbé, à cinq kilomètres des combats, Dessalines se révèle un génial précurseur de la guérilla moderne. D’abord, son choix du lieu de naissance de Mackandal et de Boukman pour établir son quartier général n’est pas un hasard. Il se ressourçait sans doute dans la mémoire de la révolte générale des esclaves des 14 et 22 août 1791. Les troupes de Dessalines attaquent sur différents points et obligent l’ennemi à se disperser pendant qu’elles se concentrent en même temps sur l’objectif principal qui est la prise de Vertières. Géniale stratégie s’appuyant sur la flexibilité au plus haut point. Les hostilités commencent avec Augustin Clervaux qui attaque le Fort Bréda aux premières heures du jour le 18 novembre. Dans le même temps, Henri Christophe et Paul Romain assaillent le fort Vigie de l’autre côté de Vertières, puis dirigent leurs feux sur le Fort d’Estaing. François Capois (dit Capois-la-Mort) affronte la butte Charrier plus élevée que le Fort Vertières. Il attaque ensuite Vertières avec ses grenadiers. Après trois assauts successifs au cours desquels ses troupes sont décimées par la mitraille et les boulets, Capois lance un quatrième assaut avec encore plus de bravoure.

Les soldats chantent « Grenadiers ! A l’assaut, ça qui mouri pas z’affaire a yo, Nan point manman, Nan point papa, Grenadiers ! A l’assaut, Ça qui mouri, z’affaire a yo ! » Le cheval de Capois est atteint du boulet d’un canon. Il se met debout et, sabre au poing, se lance à pied à la tête de ses troupes en criant En avant, En avant ! Un autre boulet lui enlève son chapeau. Il continue le combat. Son héroïsme est tel que Rochambeau fait rouler les tambours, arrête la bataille et envoie un officier le féliciter pour sa bravoure. L’anthropologie culturelle haïtienne associe ce haut fait d’armes à l’intervention d’Ogoun Feray, dieu de la guerre dans le vaudou. Le combat reprend. Dessalines envoie à Capois des renforts dirigés par Louis Gabart et Jean-Philippe Daut. Ces derniers s’emparent de la butte Charrier. Au cours des combats qui durent plus de douze heures, les troupes indigènes perdent 1200 hommes, parmi lesquels les généraux Paul Prompt et Dominique. Du côté français, c’est la débandade.

Le matin du 19 novembre, Rochambeau annonce à Dessalines sa capitulation. Après la victoire des forces indigènes, les Français demandent dix jours pour retirer leurs troupes. En honneur de cette bataille héroïque, le 18 Novembre est considéré comme le jour de l’armée en Haïti. Il existe deux versions concernant la date de la proclamation de l’indépendance. Selon un texte paru en 1820 en France [5], l’indépendance aurait été proclamée la veille du jour désigné pour l’évacuation de l’île, soit le 29 novembre 1803, à Fort Dauphin, devenu Fort Liberté, par les généraux Dessalines, Christophe et Clervaux. Thomas Madiou [6] publie ce document en prenant la précaution de préciser qu’il doute de son authenticité, puisque Dessalines était au Cap le 29 novembre 1803 et non à Fort Dauphin. Ce document a été repris dans l’ouvrage de Gaspard Mollien [7] écrit en 1832 qui précède de quinze ans l’Histoire d’Haïti de Thomas Madiou publié en 1847.

La bataille de Vertières s’est déroulée à Vertières près du Cap-Français dans le Nord d’Haïti), le 18 novembre 1803. Elle oppose les troupes commandées par le général de Rochambeau (envoyé par Napoléon) à celles du général Jean-Jacques Dessalines. Ce fut la dernière bataille de l’expédition de Saint-Domingue.

La résistance des troupes menées par Dessalines et la 9e brigade commandée par François Capois à la victoire finale obligent Rochambeau à capituler.

À la suite de l’abolition de l’esclavage de 1794, Toussaint Louverture parvient à chasser les Anglais de l’île et commence à la gouverner. Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage, fait capturer par traîtrise Louverture et envoie 23 000 soldats sous les ordres de Charles Victoire Emmanuel Leclerc reprendre le contrôle de l’île. Les troupes françaises sont décimées par la fièvre jaune, et malgré un renfort de 10 000 hommes sont réduites à 2 000 soldats retranchés à Fort Vertières3.

Les combats
La résistance française

Le 18 novembre 1803, Jean-Jacques Dessalines ordonne de prendre le fort de Vertières, situé sur une colline à côté de la ville de Cap-Français. François Capois dit Capois-la-Mort commandait une demi-brigade qui est en partie décimée par le tir des canons en provenance du fort. Il lance un nouvel assaut, mais ses hommes sont encore fauchés, au pied de la colline, par la mitraille. Capois court chercher des renforts, puis pour la troisième fois, il lance ses forces à l’assaut de ce fort en vain et laissant une fois de plus de nombreux morts. Lors du quatrième assaut, il demande à ses hommes de le suivre en criant : « En avant ! En avant ! ». Pendant qu’il était à la tête de ses hommes, son cheval est touché par un boulet de canon, il tombe, mais Capois prend son épée, se relève et court se mettre à nouveau à la tête de ses soldats noirs en criant toujours « En avant ! En avant ! ». Son bonnet garni de plumes, est emporté par un boulet. Un messager personnel de Rochambeau monte sur son cheval et part vers Capois-La-Mort. Avec une voix forte, il crie : « Le général Rochambeau envoie des compliments au général qui vient de se couvrir de gloire comme ça ! »
Les renforts de Dessalines

Pour renforcer les bataillons épuisés de Capoix-La-Mort, Dessalines envoie des renforts sous les ordres des généraux Gabart, Clervaux et Jean-Philippe Daut. Au milieu de l’après-midi, Gabart prend position sur la butte de Charrier avec Benjamin Noël. Les combats redoublent d’intensité. Le soir venu, les deux tiers des défenseurs français étaient morts ou blessés.

La capitulation de Rochambeau

Le lendemain matin, un officier français, Duveyrier, se rend aux sentinelles de Capois et est conduit au quartier général de l’armée haïtienne sur un cheval et porte le message suivant : « Le capitaine-général Rochambeau offre ce cheval comme une marque d’admiration pour l’« Achille noir » pour remplacer celui que son armée française regrette d’avoir tué ». Les pourparlers avec Dessalines durent une journée entière. Avant la tombée de la nuit, un accord est signé. Rochambeau obtient dix jours pour évacuer le fort de Vertières et embarquer les restes de son armée et quitter Saint-Domingue.

Les conséquences

L’île est proclamée indépendante de la France officiellement le 1er janvier 1804 par l’Acte de l’Indépendance de la République d’Haïti lu par Dessalines aux Gonaïves. Haïti devient alors la première république noire au monde.

Lors de la Seconde Restauration, le royaume de France ne reconnaît pas cette indépendance acquise contre la République française. En 1826, le roi Charles X réclame à Haïti une indemnité de 150 millions de francs or à la jeune république pour que la France reconnaisse son indépendance. En 1838, sous la monarchie de Juillet, cette dette sera allégée par le roi Louis-Philippe à 90 millions de francs et fut intégralement versée à la France en 1883. Le payement des intérêts de la dette contractée pour payer l’indemnité ne cesse qu’en 1952.
Voir aussi

Expédition de Saint-Domingue
Révolution haïtienne

Références

Jacques de Cauna, Haïti, l’éternelle révolution: histoire de sa décolonisation (1789-1804), p.177.
Berthony DuPont, Jean-Jacques Dessalines: itinéraire d’un révolutionnaire, p.228.
Fabienne Manière, « 18 novembre 1803 Haïti chasse les Français » [archive], sur herodote.net, 11 février 2020 (consulté le 18 novembre 2020).

Louis-Philippe DALEMBERT, « Haïti,la dette originelle » [archive], sur liberation.fr, 25 mars 2010 (consulté le 18 novembre 2020).

Bibliographie

Jean-Pierre Le Glaunec, L’armée indigène: La défaite de Napoléon en Haïti, Lux Éditeur, 2014.