L’Afrique tire les leçons d’Ebola pour se protéger du coronavirus

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An health official tries to test the body temperature of a passenger at the gate of entry upon arrival at the Murtala International Airport in Lagos, on March 2, 2020. - Nigeria is monitoring 58 people who had contact with an Italian man infected with the new coronavirus, the health minister said Monday, as officials scrambled to stop the disease spreading. Africa's most populous country on Friday confirmed the first case of the virus in sub-Saharan Africa after the patient was diagnosed in the economic hub Lagos. (Photo by BENSON IBEABUCHI / AFP)

Ebola n’a pas fini de hanter l’Afrique , mais cette fois le virus a un impact positif sur le continent. L’expérience acquise au travers des luttes contre les différentes épidémies survenues en République démocratique du Congo et en Afrique de l’Ouest permet aujourd’hui de prendre les mesures ad hoc contre le coronavirus. « L’Afrique a géré des épisodes Ebola depuis dix ans dans l’indifférence totale. La mobilisation des acteurs locaux était remarquable, comme les centres Ebola en Guinée forestière. Il y a parfois eu de la désorganisation mais il y a aussi une expérience de pandémie en Afrique », observe une source à l’Elysée. A ce stade, le continent africain semble peu touché, à en juger par les chiffres officiels.

L’Afrique du Sud a annoncé jeudi avoir identifié un premier cas du nouveau coronavirus sur son territoire, un homme de 38 ans qui a récemment séjourné en Italie. Il vient s’ajouter aux deux autres officiellement confirmés en Afrique subsaharienne, au Nigeria et au Sénégal. L’Egypte a été le premier pays à déclarer une contamination au coronavirus. La situation actuelle n’a, bien entendu, rien à voir avec les 11.000 morts enregistrés en 2014-2016 en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. Mais la problématique de base est la même. Il s’agit de lutter contre l’expansion de l’épidémie.

Début février, les représentants de laboratoires de quinze pays du continent se sont retrouvés à Dakar, à l’Institut Pasteur (IPD), pour améliorer leurs outils de diagnostic et mieux coordonner leurs actions. Reconnu pour son expertise en virologie et notamment dans les virus épidémiologiques, l’IPD a été missionné par le Centre africain de prévention et de lutte contre les maladies (CDC). Plus concrètement, les Etats africains ont donc mis en place aux frontières, avec l’aide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des systèmes de détection des cas suspects. Après une prise systématique de température, les cas litigieux sont orientés vers des structures d’isolement et de traitement dans les aéroports. En fait, c’est toute la chaîne qui a gagné en réactivité.ADVERTISING

Pour prévenir l’arrivée du coronavirus, la surveillance s’est accrue et dans son sillage, la coordination à l’intérieur des pays. Déjà mobilisées par Ebola, les autorités sanitaires congolaises , par exemple, prennent la température des voyageurs dès leur descente d’avion à l’aéroport de Kinshasa, ou quand ils traversent le fleuve Congo vers Brazzaville, la capitale du Congo voisin. Aidé par le Japon, Kinshasa vient aussi d’inaugurer un centre de diagnostic et de recherche au sein de son Institut national de recherche biologique (INRB). Mais ces exemples sont encore rares.

Faibles dépenses de santé

Bien que confrontés à des maladies multiples comme le paludisme, le choléra ou la rougeole, les pays africains fonctionnent avec des systèmes de santé publique souvent rudimentaires. D’après la Banque mondiale, les dépenses de santé s’élevaient en 2016 à 78 dollars par habitant en Afrique subsaharienne, alors que la moyenne mondiale s’établit à 1.026 dollars, l’Amérique du Nord culminant pour sa part à 9.351 dollars quand l’Union européenne affiche une moyenne de 3.846 dollars.

Michel De Grandi