le pays mérite des réformes bancaires : celle de la transparence financière et de la lutte contre la corruption

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Depuis plusieurs mois, les déposants ne peuvent pas retirer leurs avoirs en devises et les caisses de la Unibank n’autorisent que 200 USD tandis que l’inertie de la classe politique ruine le pays.

En 2021, en raison des troubles politiques et l’assassinat de Jovenel Moïse ; les banques; la Unibank en particulier, ont fermé leurs portes pendant plusieurs jours. Une décision justifiée par des enjeux de la sécurité, mais en réalité liée à leur crise de liquidités et de solvabilité.

En un mot, l’ensemble de ce secteur était en faillite virtuelle, bien qu’il refuse à ce jour de le reconnaître. D’un commun accord avec son autorité de régulation, la banque centrale, elle-même récalcitrante à faciliter l’audit de ses comptes des banques en Haïti.

La dégradation de la situation financière et la diminution du volume de dollars en circulation ont contraint le secteur bancaire haïtien à imposer des restrictions sur les retraits en devises, les transferts vers l’étranger et l’utilisation des cartes de crédit.

«Avant l’arrivée de Jovenel au pouvoir, je pouvais retirer 1 000 dollars par semaine. Puis 400 dollars après l’assassinat du Président de la Republique et aujourd’hui 200 dollars », se lamente un entrepreneur.

Pour se procurer des dollars sonnants et trébuchants, cet entrepreneur n’a eu d’autre choix que de vendre sa voiture pour 4 000 dollars, alors qu’elle en valait 6 500.

La situation de Jonas à Clercine est tout aussi critique. «Je dois mendier auprès de la banque pour avoir le droit de retirer mon propre argent, s’insurge cette marchande . Je ne peux sortir que 1000 dollars par semaine. Or le loyer de ma clinique est de 600 dollars par mois et le salaire de ma secrétaire de 400 dollars. Il me reste 200 dollars par mois pour vivre avec ma mère et mes enfants que j’ai à ma charge. Sans parler de ses patients qui se font rares et pour lesquels une visite chez le médecin est un luxe lorsque la couverture sociale tutoie le zéro dans le pays », témoigne-t-il.

C’est toute l’économie qui se grippe progressivement. Les entreprises mettent la clé sous la porte. Les importations se réduisent de jour en jour, faute de pouvoir payer les fournisseurs en dollars. Les conséquences sont dramatiques, notamment dans le secteur de la santé, les médicaments et les vaccins qui viennent de l’étranger commencent à manquer dans les pharmacies , les hôpitaux et les cliniques.

Si aucune solution n’est trouvée très rapidement, des « émeutes de la faim » pourraient éclater dans les prochains mois. Les donateurs internationaux conditionnent leurs soutiens financiers à des préalables dans le contexte de succession de gouvernement de facto.

Aujourd’hui le pays mérite des réformes bancaires. La première réforme c’est celle de la transparence financière et de la lutte contre la corruption dans le système . Depuis la fin de la dictature des Duvalier, le pays ressemble à un « tonneau des Danaïdes ».

Plus le pays reçoit de l’argent et moins la population haïtienne en voit la couleur, en terme de services publics comme l’électricité, l’eau ou le traitement des déchets. Venir en aide à un système calcifié par la corruption n’est pas forcément la bonne option !