Le président Paul Magloire et madame au siège des Nations Unies, 1955

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Une crise politique incite le président haïtien, Dumarsais Estimé, à démissionner de ses fonctions le 10 mai 1950. Une junte militaire assure la transition par la suite, avant que l’un de ses membres, le colonel Paul E. Magloire, ne soit élu à la présidence sans véritable opposition le 8 octobre suivant.

Dumarsais Estimé dirige Haïti depuis 1946. Il fait adopter plusieurs mesures sociales et favorise l’avancement de la population noire. Sa gouvernance suscite aussi des critiques, notamment la proclamation de l’état de siège, en 1949, et des dépenses jugées abusives, comme celles associées à l’Exposition internationale du bicentenaire de Port-au-Prince (1949-1950). Néanmoins, Estimé cherche à obtenir une révision à la Constitution de 1946 afin de faire prolonger son mandat, qui arrive à terme en 1952, et de pouvoir se succéder à la présidence. La Chambre des députés l’épaule, mais pas le Sénat, ce qui provoque une crise au printemps 1950. Un bras de fer s’organise entre partisans et opposants du président, dont d’influents militaires. Malgré la formation d’un nouveau cabinet ainsi que des démonstrations de soutien à Estimé, dont une particulièrement houleuse au Sénat, la pression pour son départ persiste. Il quitte ses fonctions le 10 mai. Le colonel Paul E. Magloire, le colonel Antoine Levelt et le brigadier général Frank Lavaud, qui avaient succédé au président Élie Lescot en 1946, assument de nouveau le pouvoir, proclamant : « En face des graves dangers que courent le Pays et la vie des familles, nous avons endossé la responsabilité de dénouer la crise. » Le nouveau régime est reconnu par les États-Unis le 5 juin. Pour sa part, Estimé se rendra en Jamaïque, avant de mourir à New York en juillet 1953. Le 3 août, un décret définit les mécanismes électoraux à venir. Il prévoit un scrutin présidentiel au suffrage universel, une première en Haïti. Sans véritable opposition, Paul E. Magloire obtient presque l’unanimité des voix le 8 octobre. Assermenté à la tête de l’État le 6 décembre, il restera au pouvoir jusqu’en 1956.