Martissant et la Croix des Bouquets : Un trajet en danger de mort

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Je savais qu’en tant que membre du personnel d’une organisation internationale à Port-au-Prince, il me serait recommandé de vivre dans certains quartiers, et que je devrais faire attention à qui je partageais mes informations personnelles et professionnelles.

Au cours de l’année dernière, la situation sécuritaire s’étant détériorée, j’ai également dû faire attention aux routes que j’emprunte pour me rendre au travail. C’est mon cas, ainsi que celui d’autres collègues qui vivent dans des zones touchées par l’insécurité croissante, comme le centre-ville de Port-au-Prince, Carrefour, Mariani, Merger, Gressier ou Léogâne.

Ma femme et moi sommes obligés de rester dans la famille à Port-au-Prince pendant la semaine, même si nous avons construit une maison familiale ailleurs. Nos deux enfants sont scolarisés à proximité de l’endroit où nous avons construit notre maison, et nous ne pouvons espérer les voir que le week-end, si nous sommes en mesure de faire le voyage.

Sinon, nous ne pouvons communiquer que par téléphone, comme si nous vivions dans un autre pays.

Les déplacements sont trop dangereux. Les autorités ont perdu le contrôle des principales voies de communication vers le sud et l’est de la ville, à travers des zones telles que Martissant et la Croix des Bouquets, et des gangsters pillent la population, violent les femmes et tirent sur les passagers des bus ou des voitures.

Voyager par la route, c’est accepter de passer à côté de corps humains, laissés sur le bord de la route pour être dévorés par les chiens. Je doute que les personnes tuées à Martissant figurent même dans les statistiques officielles de mortalité.

Les choses étaient vraiment différentes avant. Pendant mon enfance, Cité Plus était comme beaucoup d’autres quartiers de Port-au-Prince. Il y avait beaucoup de familles pauvres, de mères célibataires et d’enfants dont les parents n’avaient pas les moyens de les nourrir ou de les envoyer à l’école, mais il y avait moins de criminalité.

Aujourd’hui, en Haïti, des idées telles que le libre choix, la libre circulation et la sécurité sont de plus en plus éloignées de la réalité.