Les ONG(s) en Haiti, un pouvoir parallèle ou néo-coloniaslisme humanitaire

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La sociologie des relations internationales moderne reconnait les Organisations Non Gouvernementales comme de nouveaux acteurs influents sur la scène mondiale. Cette reconnaissance est d’ailleurs présente au sein de l’Organisation des Nations Unies qui a choisi 700 ONG comme consultants officiels de la “société civile”. Animées par la question de l’individu, la ou le droit international public ne reconnait que l’Etat, les ONG sont un facteur important de progrès social. Leur développement les amène a se constituer en lobby et a jouer un role politique sur la scène internationale. A un niveau plus local aussi les ONG posent des questions. En effet leur role croissant en fait des acteurs politiques puissants, notamment dans les pays ou l’état n’assume pas ses missions de solidarité, ce qui est le cas en Haiti. C’est pourquoi la question de la place des ONG est posée dans ce pays ou elles tendent a devenir un pouvoir obscur. L’interrogation est d’autant plus pertinente que parallèlement a leur développement, ce sont leurs limites qui s’affichent au grand jour.

Face aux situations de pauvreté que connait Haiti depuis plusieurs décénnies, le nombre d’organisations non gouvernementales a connu une croissance exponentielle. Devant cette multiplication des acteurs locaux ou étrangers au service de l’aide au développement, des interrogations sont posées.

Pourquoi malgré l’énorme flux de capitaux par des programmes de développement, la situation d’extreme pauvreté empire?

De nouvelles voix se lèvent depuis les années 1980 pour remettre en cause les ONG(s) qui ont été pendant longtemps épargnées par la critique au nom de leur altruisme. Pourtant, alors qu’elles se posent comme les porte-parole de la société civile, il convient d’interroger leur mode d’action et leur interêt a agir. L’évolution de l’idéologie des ONG est un premier facteur explicatif des questions posées aujourd’hui a ces organisations. Pour analyser leur action il convient de définir ce qu’on entend par ce terme. Ce sigle aujourd’hui passe dans le langage courant n’est pourtant pas exempt de polysémie. Cette difficulté a donner une même définition est le signe de la complexité de la représentation de ces organisations. Elles se définissent d’abord par la négative comme toute organisation qui n’appartient pas a un gouvernement ce qui représente une liste beaucoup plus large que l’acception populaire (Eglise, partis politique, organisation syndicale, association sportive.).Dans les études qui sont faites sur ce sujet, d’ONGD (organisation non gouvernementale de développement). Elles sont définies juridiquement dans certains pays comme institutions privées d’intérêt social (République dominicaine) ou comme organisations autonomes de promotion sociale et de développement (Mexique). Très vite on en vient a distinguer avec Mario Padron 1 deux types d’ONGD : les ONG au caractère assistanciel et de bienfaisance (principalement humanitaire d’urgence), et les ONG de promotion et développement social . Les ONGD sont des entités privées qui d’après une définition stricte poursuivent une fin propre et spécifique, qui n’ont pas de fins lucratives, et dont les participants sont les secteurs et groupes qui souffrent des conséquences négatives de l’application des politiques sociales. Elles interviennent dans des domaines divers qu’on ne peut recenser de manière exhaustive (prestations sociales, appui a des activités productives, accompagnement du processus de prise de conscience des problèmes et possibilités de solution…).

L’intervention des ONG(s) à Haïti peut cependant légitimement poser la question de l’ingérence dans les affaires intérieures du pays. En effet, en agissant sur des politiques de développement d’ordre sociales, les ONG(s) se substituent au rôle de l’État. C’est le sentiment que partage le Premier Ministre haïtien entre 2009 et 2011, Jean-Max Bellerive. Aux micros de Raoul Peck, il annonce que « La ligne entre ingérence, appui et support est très fine ». Pourtant, les Nations Unies ont su donner un cadre juridique à cette intervention, faisant primer le respect des droits des haïtiens.

Pour une ONG, décider d’intervenir sur un état territorialement compétent pour protéger sa population est une violation du droit international public et du principe de non-ingérence. Les années 1980 signent cependant une modification structurelle des conflits. En effet, on constate un passage des conflits inter-étatiques à intra-étatiques avec la montée de dictatures et de guerres civiles. L’Assemblée Générale de l’ONU se voit contrainte de repenser le cadre légal de l’intervention humanitaire.

Dans le colloque « Droit et morale humanitaire » initié par Bernard Kouchner en 1995, l’idée d’ingérence humanitaire est pour la première fois mise en avant. Face à l’urgence de régulation des missions des ONG, l’Assemblée Générale des Nations Unies adopte deux résolutions fondamentales. La résolution 43/131 du 8 décembre 1998 établit d’abord le principe de subsidiarité. Elle exige aux Etats de favoriser l’accès aux victimes pour les secours internationaux. La seconde résolution, 45/100 du 14 décembre 1990, institutionnalise l’humanitaire privé. Elle établit un droit de passage des ONG dans un pays sinistré. Ce « droit » se fait cependant encore en concertation avec l’état concerné dans un souci de respect de sa souveraineté.

En 2005, un document adopté par l’Assemblée Générale des Nations Unies sous l’impulsion de Kofi Annan, complète les modalités d’intervention humanitaire dans un État souverain. La “responsabilité de protéger” agit en code de conduite à adopter en cas de violations des droits de l’Homme. Elle est aussi effective lorsqu’un gouvernement en place ne peut assurer la protection des civiles. Le cas échéant, une responsabilité incombe à la communauté internationale d’employer toutes les mesures nécessaires afin de sauver ces populations. Si cette résolution s’applique en premier lieu aux États, il concède un avancement dans la doctrine du droit international. Il montre en effet les limites grandissantes du principe de non-ingérence et les potentiels moyens de le contourner dans des situations très précises et définies comme la violation massive des droits de l’Homme ou les situations d’urgence. C’est pertinemment dans ce cadre légal que s’inscrit l’intervention des ONG à Haïti.

Dix ans après le séisme de 2010, Haïti reste un pays fragile et instable. Malgré de considérables améliorations, l’état doit encore prouver qu’il peut relever le défi d’être une démocratie renforcée, apte à protéger sa population sans la tutelle de la communauté internationale.