Haiti : le plus corrompu des régions Caraïbe et Am. latine, Transparency International

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En matière de lutte contre la corruption, Haïti a toutes les peines du monde à envoyer des signaux clairs quant à son engagement réel d’éradiquer ce fléau. En témoigne l’installation quasi permanente du pays dans la zone rouge « des plus corrompus » avec des scores linéaires de 22 sur 100 en 2017 contre 20 sur 100 en 2016 et enfin contre 17 sur 100 en 2015, soit le pire score du pays sur ces cinq dernières années.

La publication de ce classement survient vingt-quatre heures après que le pouvoir en place a remplacé sans ménagement le directeur général de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), Me Claudy Gassant.

À en croire le classement mondial, cet enlisement ne concerne pas uniquement Haïti puisque l’indice d’évaluation de la corruption déplore que pour l’année 2019 les deux tiers des pays voient leurs efforts stagner, voire reculer. Même au sein des pays du G7 certains régressent.

En effet, «une majorité de pays ne font pas grand-chose pour s’attaquer » à ce fléau, voire régressent dans ce domaine, selon Transparency International soulignant des progrès contre la corruption quasi nuls dans le monde.

L’indice classe 180 pays sur une échelle de 0 à 100, selon le degré de corruption perçu dans le secteur public. Plus des deux tiers des pays étudiés obtiennent une note inférieure à 50, ce qui signifie qu’ils évoluent dans un environnement corrompu.

Avec un score moyen de 43 sur 100 pour la quatrième année consécutive, la région des Amériques ne fait pas de progrès significatifs dans la lutte contre la corruption, tranche Transparency International.

Si dans le peloton de tête au niveau régional on retrouve des pays comme le Canada (77/100), l’Uruguay (71/100) et les Etats-Unis (69/100), à l’inverse, les trois pays occupant la queue de ce classement ne sont autre que le Nicaragua (161e mondial ; 22/100), Haïti et l’indéboulonnable Venezuela (173e mondial ; 16/100).

Un peu plus haut dans ce classement, on trouve la République dominicaine logée à la 137e place mondiale (28/100), loin derrière des pays comme Cuba (60e mondial ; 48/100), un modèle de stabilité sur les 5 dernières années, et la Jamaïque (74e mondiale ; 43/100).

Transparency International, qui s’est penché sur les liens entre monde politique et corruption, confirme que plus l’argent est tenu éloigné de la politique, moins le risque de corruption est élevé. Les pays où règnent la transparence et une réglementation stricte sur le financement des campagnes électorales sont aussi ceux où le degré ressenti de corruption est le plus faible.  

Sur les 180 pays concernés par le classement de l’ONG, 112 pays disposent bien d’une législation enjoignant à la transparence des dons de campagne mais moins de la moitié appliquent la règle. Les États-Unis font figure de contre-exemple puisqu’ils ont un indice de corruption plutôt bon (69) mais subissent une perception que « les riches achètent les élections » plus importantes qu’en Russie ou au Venezuela.

En Haïti, les principaux candidats à la dernière élection présidentielle n’ont pas rendu des comptes du financement de leur campagne électorale malgré de grosses sommes dépensées pour faire campagne. Aucun d’eux n’a daigné soumettre au CEP son rapport financier comme l’exigent les articles 135 et 135.2 du décret électoral.

L’appel de la Fondation héritage pour Haïti (LFHH), la section haïtienne de Transparency International, demandant aux partis, aux plateformes politiques et aux candidats ayant participé aux élections de novembre 2016 de divulguer la liste des subventions et dons reçus en nature et en espèces ainsi que leur provenance et la divulgation de la liste des dépenses effectuées dans le cadre des campagnes de chaque candidat est jusqu’ici restée lettre morte.

Au niveau mondial, le Danemark et la Nouvelle-Zélande trônent comme en 2018 au sommet du classement avec un indice de 87 suivies par la Finlande, le Singapour, la Suède et la Suisse. À l’opposé, la Somalie, la Syrie et le Soudan, tous secoués plus ou moins récemment par des guerres civiles, affichent les taux de corruption ressentis les plus élevés (autour de 10).