Dimitri Vorbe vendu aux enchères par l’équipe Moise-Lamothe et la diplomatie haïtienne

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Le président haïtien Jovenel Moïse et son principal conseiller, l’ancien Premier ministre Laurent Lamothe, se sont lancés dans la persécution de l’homme d’affaires haïtien Dimitri Vorbe pour son soutien au mouvement Petrochallenger. Alors qu’il était a pouvoir, le Premier ministre Lamothe (2012-2015) et ses acolytes ont détourné près de USD 790 millions $ du Fonds PetroCaribe. Cette initiative a été mise sur pied par feu l’homme fort vénézuélien Hugo Chavez, dans le cadre de sa politique de pétro diplomatie. Ainsi, le Venezuela a vendu de l’essence et d’autres produits pétroliers à Haïti à un prix inférieur à celui ayant cours sur le marché national, et avec un crédit à long terme étalé sur une période allant jusqu’à 25 ans, au taux de 1 %. Les fonctionnaires haïtiens devaient revendre ces produits sur le marché local et utiliser les bénéfices pour financer des programmes sociaux et d’autres projets de développement. Ce qui avait le potentiel d’aider Haïti à atténuer l’abjecte pauvreté dans laquelle vit la population. Mais, au contraire, les bénéfices ont été détournés sur des comptes bancaires à l’étranger au nom de hauts fonctionnaires du gouvernement.

Deux enquêtes distinctes menées par le Sénat haïtien, en 2016 et 2017, ont révélé que Laurent Lamothe et d’autres ministres du gouvernement se sont enrichis en recevant des pots-devin de sociétés qui n’ont obtenu aucun contrat pour exécuter les projets, dont la plupart n’ont jamais été achevés. Des routes, des écoles, des cliniques, des marchés publics et 25 stades étaient censés avoir été construits et payés avec l’argent du Fonds PetroCaribe. Des millions de dollars ont été versés à des sociétés, dont certaines d’entre elles fictives, ont simplement partagé les fonds reçus avec des ministres et autres potentats gouvernementaux qui avaient approuvé les projets.

Lors de sa prestation de serment, le 7 février 2017, Jovenel Moïse a été assailli par les demandes publiques de responsabilité de la part des fonctionnaires actuels et antérieurs du gouvernement. Le président a fait plusieurs promesses non tenues,
notamment celle de veiller à ce que les personnes accusées du détournement du Fonds PetroCaribe soient traduites en justice.

Mais, trois ans et demi après le début de son quinquennat, pas une seule n’a été traduite en justice. Laurent Lamothe, l’architecte du détournement, est maintenant son principal conseiller, persécutant la famille Vorbe par des mesures inhabituelles.


Depuis 2018, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du pays, les citoyens exigeant la démission du président. En février de l’année dernière, Haïti a traversé une période de «verrouillage du pays » (pays luck) entraînant la mise à pied de deux Premiers ministres, dans l’espace de quelques mois. Pourtant le chef de l’État était pris pour cible s’étant montré incapable de lutter contre la vaste corruption que représentait le holdup du Fonds PetroCaribe. Une enquête particulière menée par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/ CA), l’organisme officiel de contrôle des comptes du gouvernement, a révélé que deux des
sociétés de Moïse avaient reçu plusieurs contrats sans appel d’offres pour exécuter des projets pour lesquelles elles n’avaient aucune compétence. Bien que les
sociétés aient été payées intégralement, les projets n’ont jamais été achevés. En 2018, Me Jean Henry Céant. a été nommé Premier ministre avec pour mandat
d’enquêter sur le scandale PetroCaribe. Il est resté en fonction pendant six mois après avoir laissé entendre que M. Moïse avait engagé des mercenaires pour le
tuer.


Depuis près d’un demi-siècle, les Vorbes ont réalisé des millions en tant que contractants privilégiés du gouvernement haïtien, à commencer par le défunt
dictateur haïtien Jean-Claude «Ba by Doc » Duvalier.Chaque génération de Vorbe s’est lancée dans l’activité lucrative consistant à fournir des services au gouvernement. En pratique, les contrats gouvernementaux exigent qu’un pourcentage du contrat soit payé sous forme de pots-de-vin au fonctionnaire du gouvernement qui l’a approuvé, ce que l’ancien président Michel Joseph
Martelly appelait la « corruption légale ».


Dimitri Vorbe, contrairement à son oncle Jean-Marie Vorbe, produisait et vendait du courant électrique au gouvernement haïtien. Sa société, la SOGENER, a signé un contrat avec le gouvernement intérimaire haïtien d’Alexandre-Latortue, en 2005, pour fournir de l’électricité à l’EDH (Ēlecricité d’Haïti,) l’Office national de l’électricité, pour lequel le gouvernement aurait payé 12 millions de dollars par mois. Cependant, récemment, M. Vorbe a déclaré : « Pas vraiment, seulement 5 à 7 millions de dollars par mois, sur la base des facturations présentées par rapport au nombre de kilowatts livrés à l’EDH ». Il devait ajouter qu’il importait au gouvernement d’interroger les ministres des Finances et des Affaires économiques, ainsi que les fonctionnaires de l’EDH, qui ont approuvé toutes les factures qui ont été soumises, afin de savoir où sont allés les autres millions, si effectivement 12 millions de dollars ont été versés mensuellement. Le gouvernement n’a pas encore répondu. Quoi qu’il en soit, 12 millions de dollars constituent une somme gigantesque pour un pays pauvre dont le PIB est inférieur à 8 milliards de dollars. En l’état actuel des choses, la SOGENER et Vorbe ont fait des affaires avec plusieurs banques haïtiennes, dont la BNC (Ban que nationale de crédit), une institution affiliée au gouvernement, où, jusqu’à récemment, la société maintenait une ligne de crédit de plusieurs dizaines de millions de dollars.


Tout allait pour le mieux au paradis entre les Vorbe et le PHTK (Parti Tet Kale), ou « Part des chauves », jusqu’à ce que Dimitri Vorbe eut décidé de soutenir publiquement l’enquête sur l’usage qui a été fait du Fonds PetroCaribe et demandé l’arrestation et la poursuite de Laurent Lamothe pour détournement de fonds, ainsi que la démission du président Moïse. Il est allégué que Vorbe a financé certaines des manifestations publiques massives orchestrées contre l’administration Moïse. En réponse, Mr.Lamothe a engagé une société de relations publiques afin de développer une publicité attaquant Vorbe comme étant tout aussi corrompu.


Mais, quelques mois avant la diffusion de l’annonce, en été 2018, les deux hommes se sont engagés dans une guerre de tweets. M. Lamothe a accusé Vorbe de traire et de surfacturer le gouvernement haïtien à hauteur de 12 millions de dollars par mois. Vorbe lui a rendu la monnaie de sa pièce en affirmant qu’il ne s’agissait pas de USD 12 millions $, mais de 7 millions, et que Lamothe était le seul responsable du détournement de 790 millions de dollars du Fonds PetroCaribe.


Qu’en est-il advenu des USD 5 millions $ supplémentaires ?


Vorbe, une source d’irritation très en vue pour le gouvernement haïtien, doit être éliminé. Au début du mois dernier, l’administration Moise a confisqué les actifs
de la SOGENER et de Dimitri Vorbe. Il a également émis un mandat d’arrêt ce dernier et d’autres actionnaires de la SOGENER, les accusant d’avoir fraudé
le gouvernement haïtien de plusieurs millions de dollars. Par crainte d’être arrêtés, Dimitri Vorbe et sa famille ont quitté Haïti pour une décision inconnue. Le
gouvernement haïtien a immédiatement lancé un mandat d’arrêt d’Interpol, exigeant que Dimitri Vorbe soit arrêté et rapatrié à Haïti. Parallèlement, le gouvernement haïtien a sollicité l’aide des agents d’Immigration américains dans le cadre de ses démarches visant au rapatriement de Vorbe en Haïti. Aussi, dans une lettre adressée aux fonctionnaires américains de l’Immigration, Ducarmel Gabriel, le procureur
en chef de Port-au-Prince, a-t-il écrit :


« Citoyen haïtien en cavale, activement recherché par la police et la justice. Les informations qui nous sont parvenues nous portent à croire que M. Dimitri
Albert Edouard Vorbe (né le 2août 1973, passeport haïtien n° PP483687) se trouve aux ÉtatsUnis depuis plus de six mois avec un simple visa de visiteur, en violation des lois américaines sur l’immigration. La justice haïtienne poursuit M. Vorbe et un
mandat d’arrêt daté du 4 mars 2020 émis contre lui est toujours en vigueur. Il est également recherché pour être interrogé dans le cadre de plusieurs enquêtes
criminelles en cours et par l’Interpol. M. Vorbe est soupçonné d’avoir participé activement à la corruption publique et au blanchiment de dizaines de millions
de dollars américains au détriment des intérêts de la République d’Haïti. M. Vorbe est l’un des suspects d’une enquête en cours sur un complot visant à encourager des actes d’agression contre l’ambassade des États-Unis en Haïti ».

Suite à la tristement célèbre rencontre, à Saint-Domingue, le 16 août dernier, entre M. Moïse et le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, dans un couloir du Parlement dominicain (https:// www.state.gov/publicschedule-august-16-2020/, le président Moi se ne faisait pas partie de l’ordre du jour), les forces de l’ordre fédérales de
Miami ont ar rêté M. Vorbe, le vendredi 21 août. Il est actuellement détenu au centre de détention de Krome, dans la banlieue de Miami, dans l’attente d’une audience d’extradition. À noter que Krome est tristement célèbre pour le traitement dur et inhumain que les réfugiés haïtiens y ont subi dans les années 1980.

Je ne suis ni un ami ni un partisan de la famille Vorbe. Je ne suis ni un ami ni un défenseur de la famille Vorbe. Ayant été poursuivi à deux reprises devant un tribunal fédéral par des membres de la famille Vorbe, je n’ai pas l’intention de me porter à leur défense. Mais l’honnêteté, la décence et l’intégrité journalistique exigent que les médias prennent note de ce qui se passe dans ce cas particulier. Dimitri
Vorbe n’a commis aucun crime. Les fausses accusations de fraude et de blanchiment d’argent, dont il fait l’objet, sont destinées à le réduire au silence. Il s’agit d’une vendetta politique de l’administration Moïse, sans qu’aucun élément de preuve ne soit soumis, pour étayer la notion de crime évoquée. En revanche, M. Vorbe s’est récemment exprimé publiquement sur YouTube, exposant les faits relatifs à la persécution contre lui.

En effet, dans le paragraphe 429 de la page 246 du rapport, la Cour a fait « le constat d’un montant d’un million cinquante-huit mille quatre cent quatre-vingt-sept et 65/100 dollars américains (1,058,487.65 USD), représentant 25% de l’avance de démarrage. De ce montant, moins de 50% équivalant à cinq cent mille et 00/100 dollars américains (500,000.00 USD) ont été versés à la firme (…) Cependant, dans les rapports de décaissement fournis et par le BMPAD et par le MEF, nous n’avons pas recensé un tel montant qui donc n’existe que dans l’imaginaire des auditeurs de la Cour », a indiqué la note.

Plus loin, on lit dans l’article publié par le journal Le Nouvelliste sur la rectification du secrétariat de Laurent Lamothe qu’une avance de 500 000.00 dollars US représentant 11,8% au lieu de 25% du montant du contrat a été octroyée à la firme qui l’a remboursée dans sa totalité dès le premier décompte. L’on est en droit de se demander quelles sont les entraves et les irrégularités relevées à la saine gestion de ce projet ? Aucune. Toute la documentation concernant ce projet montre qu’il y a eu un contrat et un avenant qui ont été signés pour la somme totale de 5 168 531,52 dollars US et que les travaux ont coûté 5 137 379,65 dollars US.

Il ne fait aucun doute qu’Haïti est l’un des pays les plus corrompus du monde. La corruption est une menace existentielle pour Haïti. Pour mener avec succès la lutte contre elle, il faut une entreprise sérieuse, basée sur l’équité et le respect des procédures. Les fonctionnaires corrompus ne devraient pas être autorisés à l’utiliser comme une arme politique, dans le but de persécuter leurs ennemis politiques. Il est douloureusement évident que Dimitri Vorbe a été du côté de l’opposition en exigeant que l’administration Moïse rende des comptes et en demandant l’arrestation et la poursuite de Laurent Lamothe et les autres responsables du détournement du
Fonds PetroCaribe. Au lieu de s’en prendre à d’anciens et actuels fonctionnaires pour corruption, l’administration Moïse est partie en guerre, dans une campagne de persécution d’ un homme d’affaires qui lui est politiquement opposé. Dans de telles
conditions, les fonctionnaires américains me se feraient-ils pas passer pour des instruments confortant les actions illégales et criminelles du président Moïse ?
En fin de compte, je pense que Dimitri Vorbe aura gain de cause, et M. Moïse risque de regretter amèrement ses décisions concernant ce dernier.

La prochaine élection présidentielle, aux États-Unis pourrait changer la donne. M. Moïse se croit autorisé à persécuter Vorbe grâce à la tolérance dont il jouit à Washington D.C. Si le président Trump sort vaincu au prochain scrutin, l’administration Moïse aura beaucoup à expliquer, notamment la persécution qu’il voue à famille Vorbe et à l’ex première dame Elizabeth Débrosse-Préval.

Rapport CSCCA

https://lenouvelliste.com/article/179678/rapport-petrocaribe-laurent-lamothe-explique-et-dement

https://static1.squarespace.com/static/5b9f2b7c3917ee4972f3f2d0/t/5c53bdabeef1a194097d4a44/1548991930156/PETROCARIBE++31+JANV.+19.pdf

https://lemediateurhaiti.com/haiti-petrocaribe-les-irregularites-du-rapport-petrocaribe-remises-en-cause-par-le-secretariat-de-laurent-lamothe/

http://www.cspj.ht/index.php/publications/cspj-par-la-presse/554-petrocaribe-le-rapport-d-audit-performance-de-la-csc-ca-sera-transmis-au-senat-en-janvier-2019