Haiti : Le Pacte national d’éducation de l’ancien ministre Nesmy Manigat , la réponse durable aux problèmes ?

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20160616 - Brussels , Belgium - 2016 June 16th - European Development Days - Education in emergencies - Nesmy Manigat , Former Minister for Education and Vocational Training , Haiti © European Union

« Le système éducatif en Haïti fonctionne à l’image du système éducatif des pays à l’état de guerre. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de différence quand on analyse les indicateurs scolaires et l’état des infrastructures des établissements», soutient Nesmy Manigat. Selon l’analyse de l’ancien titulaire du MENP, Haïti est comme « un pays en état de guerre » pour ce qui concerne les questions relatives à l’éducation. Les indicateurs scolaires, la situation économique de la population, la politisation du système, les difficultés des parents, les enseignants non qualifiés sont autant d’éléments justifiant la situation lamentable de l’éducation en Haïti. Ce qui aboutit à un échec visible du système académique haïtien, aux dires de l’ex-ministre Manigat.

Les 7 engagements du Pacte National d’éducation :
Le Gouvernement de la République d’Haïti, la communauté éducative, les partis politiques et les secteurs organisés de la société civile ont, à l’issue de leur entente, convenu ce qui suit :

Engagement # 1 : Accroitre et réhabiliter l’offre publique scolaire
Les signataires prennent l’engagement que la mise en œuvre de la politique de gratuité et d’obligation scolaires se fera prioritairement par le biais d’un accroissement de l’offre publique d’éducation en fonction d’une nouvelle cartographie scolaire qui tient compte des infrastructures disponibles et de la démographie de chaque section communale. L’État mobilisera une partie des ressources allouées au secteur pour réhabiliter son réseau d’écoles nationales et de lycées de façon à en faire des établissements de référence quant à la qualité des formations dispensées.

Engagement # 2 : Doubler au moins le financement de l’éducation
Les signataires s’assurent qu’au cours de la période 2016-2020, l’État haïtien consacrera au financement public de l’éducation, le plus élevé des deux montants suivants : soit 35 % du budget national, soit 8 % du Produit intérieur brut (PIB) du pays. C’est le montant minimum à consacrer au financement public de l’éducation haïtienne.

Engagement # 3 : Soustraire le système éducatif du clientélisme et des influences politiques néfastes
Les signataires s’assurent que les décisions concernant le fonctionnement des écoles, le recrutement et l’affectation des agents éducatifs sont prises en toute transparence, dans le refus du clientélisme et dans le respect des normes établies, notamment en privilégiant la voie de concours.

Engagement # 4 : Mettre en œuvre le statut particulier des personnels de l’éducation
Les signataires s’engagent à mettre en œuvre le statut particulier des personnels de l’éducation de façon à améliorer, d’une part, la condition enseignante et d’autre part à relever les exigences à l’entrée et le niveau de rendement de la profession enseignante. Les signataires s’engagent à garantir l’exercice des droits syndicaux.

Engagement # 5 : Promouvoir la formation « tout au long de la vie »
Les signataires s’engagent à mettre tout en œuvre pour faciliter la disponibilité de l’offre de formation tout au long de la vie afin d’assurer : l’employabilité des jeunes, la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée, et la mise en adéquation des compétences professionnelles avec les exigences du marché du travail.

Engagement # 6 : Développer et améliorer la qualité de l’Enseignement technique et professionnel
Les signataires s’engagent à mettre tout en œuvre pour que la prochaine législature ratifie toutes les lois se rapportant à l’Enseignement Technique et Professionnelle à savoir, un cadre pour la régulation de ce sous-système, la mise en place d’un mode de reconnaissance des acquis, le développement d’un curriculum en adéquation avec le marché du travail.

Engagement # 7: Réguler et moderniser l’Enseignement Supérieur
Les signataires s’engagent à mettre tout en œuvre pour la ratification d’un ensemble de lois devant permettre à ce niveau d’enseignement de répondre aux besoins du marché du travail, de créer un organe de régulation, d’améliorer les capacités d’accueil, et de favoriser le développement de la recherche.

Le Ministère souligne que l’année 2016 marque une étape importante pour la mise en œuvre du Pacte, seule et unique condition pour que le MENFP puisse disposer des ressources nécessaires afin de répondre aux revendications légitimes des enseignants du secteur public de l’éducation et poursuivre les réformes en cours et appelle à la compréhension et à la patience des enseignants et des directeurs d’écoles en attendant l’application graduelle du Pacte au bénéfice de toute la communauté éducative.

Le Ministère rappelle que plusieurs actions ont été entreprises pour satisfaire les revendications enseignantes : le salaire de base de l’enseignant du secteur public a été augmenté de 40 %, la situation de plus de 5,000 enseignants a été régularisée dont une bonne partie émarge déjà sur le trésor public, la livraison d’une Carte Assurance-Santé et la création de la Carte Avantage Éducation (CAE). Le MENFP reconnait qu’il est urgent d’entreprendre d’autres initiatives pour l’amélioration de la Condition enseignante et c’est dans cette perspective qu’il invite les citoyens à s’engager dans le plaidoyer en faveur du Pacte national pour la qualité de l’éducation.