Haiti ! « Un dictateur, c’est la rue qui l’arrête et le corrige »

100

«  Que m’importe le jugement de la postérité, pourvu que je sauve mon pays. » de Jean Jacques Dessalines

C’est un dictateur qui est à la tête de ce pays depuis ce 7 Fevrier 2021. Un ancien corrompu qui est incapable de dire la vérité à son peuple, qui l’assoiffe et qui ne peut lui assurer l’éducation. Pire, il a multiplié la pauvreté par trois. Il faut être faible comme Jovenel Moise pour prendre les moyens de l’État et combattre un adversaire.

Le candidat à la présidence Jovenel Moïse a pu tromper une infime partie de la population, soit environ cinq cent-mille voix sur plus de six millions de personnes en âge de voter, avec un slogan creux : une symbiose de la terre, du soleil et de l’eau, pour remplir nos poches et nos assiettes. Il a gravi le plus haut échelon administratif du pays, malgré toute absence de programme socio-politique et économique, grâce à une attitude répulsive des masses à l’égard de ses prédécesseurs et l’ensemble des politiciennes et politiciens traditionnels. Si la complicité mafieuse de ladite communauté internationale avait pu faciliter la tâche du nouvel élu, elle ne l’aurait pas réussie (cette tâche) sans le dégout de la grande majorité, exprimé lors des deux dernières élections. Toute démocratie est biaisée, sans la confiance aux principaux cadres dirigeants. Donc, on finit pas se rendre compte que ce slogan ne se voulait pas seulement une tactique pour mobiliser le peuple. Jovenel Moïse n’avait rien d’autre à nous offrir davantage. En fait, la démocratie ne saurait se simplifier à des élections, ni au seul respect des lois.

Cet inconnu du grand public, sans un passé de militance politique, n’appartient à aucun courant politique et idéologique digne de ce nom, car le Phtk, en dehors du fait de son attachement aux grands principes, aux grandes idées de l’extrême-droite, n’a aucun projet, à moyen terme et à long terme, pour conduire le pays même sur le chemin de la croissance, qui est un devoir républicain. C’est cette déficience qui, pour pallier son rejet par la majorité de la population, le jette plus aveuglément, que tous les autres régimes antérieurs, aux bras de l’impérialisme. Le gouvernement américain, depuis son apparent départ en 1934, n’a jamais été aussi arrogant et agressif dans les affaires internes du pays que durant l’époque de Phtk, notamment celle de Jovenel Moïse. Comme il navigue à vue, il n’a de recours qu’à de fausses promesses et au soutien de l’impérialiste Donald Trump, sans égard à l’État-Nation et à sa souveraineté. Il ne s’intéresse qu’au maintien de son règne et de sa propre personne, en faisant fi de ce conseil de Louis Joseph Janvier : « Quand la nation est insultée, l’insulte rejaillit sur chaque citoyen » .

Sans vouloir sous-estimer la capacité de nuisance de l’impérialisme, les forces internes demeurent toujours déterminantes, toutes les fois qu’elles en manifestent la volonté et prennent les moyens nécessaires pour s’imposer. Me. Samuel Madistin a rapporté que, dans sa dernière conversation avec Me. Monferrier Dorval, qui a été lâchement assassiné le 28 août 2020, celui-ci lui a dit que le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh) lui a demandé de présider le comité de réforme de la Constitution, demande qu’il a refusée. L’ingérence de cette dite communauté internationale, dans la vie politique en Haïti, est débridée. Fort heureusement, ce personnage a eu assez de courage et de lucidité, pour faire prévaloir le droit souverain du pays, contrairement à cette flopée politicienne opportuniste, qui se voue aux mêmes diktats étrangers que l’actuelle équipe dirigeante. La plupart de ces politiciens, dont les yeux sont rivés sur les prochaines élections américaines (mardi 3 novembre 2020), comptent beaucoup plus sur ces élections que sur les mobilisations de masse. Une attitude, qui complique davantage le travail révolutionnaire du camp progressiste et alternatif.

Toujours en mode de campagne, Jovenel Moïse a inauguré son quinquennat, qui s’achèvera, d’après le prescrit de la Loi-Mère, le 7 février 2021, avec ladite caravane, qui n’a pas même accouché d’une souris. Maintenant, ses promesses, qui sont tournées en dérision, partout où il les délivre, n’ébranlent plus personne. Ainsi, depuis quelque temps, est-il tombé dans des conjectures pour cacher son échec. Il farfouille partout, jusqu’à patauger dans le syndrome du bouc émissaire. Il n’est plus responsable de rien. Quand ce n’est pas la Constitution, ce sont les compagnies privées d’électricité ou bien ses anciens bienfaiteurs du secteur privé, qui l’empêchent de concrétiser ses rêves. Maintenant, il revient à la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca) d’être prise dans son filet. Malheureusement pour lui, il a trouvé, cette fois, la monnaie de sa pièce, avec la réponse bien cohérente du président de cette institution. Celui-ci a mis à nu le tissu mensonger du régime. Le président de la république pensait avoir déjà réduit à néant toutes les institutions du pays et soumis, à son seul service, toutes les personnalités travaillant au sein de l’État. Il est pris au piège de son arrogance, qui est la forme qui occulte le fond de son incompétence. Son dernier arrêté, relatif à la formation d’un nouveau Conseil Électoral Provisoire (Cep), dans la perspective de réaliser un référendum, au mépris de la Constitution, et des élections à tous les niveaux démontre davantage, plus que toute autre chose, sa vassalité à l’ambassade américaine, sans sourciller des conséquences néfastes pour la société haïtienne. La fédération des barreaux et la Cour de Cassation lui ont envoyé un signal contraire, dans leurs prises de position concernant la nomination illégale d’un prétendu Conseil électoral provisoire Électoral (Cep).

En voulant inféoder toute l’administration publique à sa guise, il se croit capable d’établir une dictature, en vue de paralyser toute volonté populaire contre sa gestion catastrophique des choses de l’État. Il ne peut, cependant, nullement rénover le duvaliérisme, pour les raisons que nous avons évoquées précédemment. De plus, il est incapable d’imiter inconsidérément la ligne de son gourou d’extrême-droite, Donald Trump, malgré toutes les possibilités qu’il lui a offertes, parce que les conditions entre les deux pays sont trop disproportionnées. Jovenel Moïse s’est appuyé, sans retenue, sur le plan réactionnaire du milliardaire-président, qui rêve de réorienter le monde dénoncé par Noam Chomsky : « Dans les affaires internationales, l’intention, décrite ouvertement par Steve Bannon (l’un des principaux stratèges de Trump pendant les premières années), a été de créer une internationale réactionnaire ; une internationale des États les plus à droite au monde, dirigée par la Maison Blanche .

L’ancien président Jovenel Moïse, sous la férule ultraréactionnaire américaine, croit pouvoir construire un totalitarisme qui lui soit propre, un totalitarisme sui generis, qui combinerait le duvaliérisme et les soubresauts instinctifs de Trump. Cela ne signifie nullement qu’il s’agit d’une génération spontanée et qu’il va tout inventer. Comme les Duvalier, il a institutionnalisé la corruption. Il a repris certaines des mesures de François Duvalier, cet expert en duperie, pour répéter Bernard Diederich, comme la répression aveugle des tontons-macoutes. Nous voulons, quand même, différencier la répression des macoutes, qui appartenaient à un corps hiérarchisé – même si le dernier mot était au grand chef sanguinaire – du banditisme des gangs armés sans direction officielle et reconnue. Il tend surtout à marcher sur les traces de Trump, dans un pays où la démocratie bourgeoise est – dit-on – la mieux ancrée au monde. Là où le président étasunien, pour contourner le pouvoir législatif, nomme ses protégés à des postes temporaires, Jovenel Moïse utilise la même méthode par ad intérim dit a.i. Lisons encore Chomsky, dans la même entrevue, pour saisir le phénomène Trump : « Le pouvoir exécutif s’est débarrassé de toutes voix critiques, y compris indépendantes. Ceux, qui sont restés, sont seulement les flatteurs, comme Mike Pompeo ou Mike Pence. Constitutionnellement, les nominations, réalisées par le président, doivent être ratifiées par le Congrès, par le sénat. Cela ne s’est pas passé ainsi. Il ne les y envoie, même pas pour leur confirmation. Simplement, il les nomme à un poste temporaire. Trump a créé, à Washington, un marais de corruption. Il est comme une espèce de dictateur de pacotille . Le président Jovenel Moïse désapprend, pendant que le peuple apprend.

Si François Duvalier et Jovenel Moïse se ressemblent, ils ne s’assemblent pas pour autant, contrairement au dicton populaire. Il est vrai qu’ils poursuivent les mêmes objectifs : détruire la Nation, par tous les moyens les plus rebutants, pour leur propre bénéfice, pour le bénéfice des classes exploiteuses locales, et s’incliner devant les puissances impérialistes, avec préséance pour le grand voisin du Nord.

Cependant, de grands points de dissemblance, comme nous en avons cité quelques-uns, les séparent. Il est nécessaire de tenir compte de ces différences, pour mieux ajuster nos analyses et lutter, avec efficacité, contre ce dictateur de pacotille, pour reprendre l’expression de Noam Chomsky cité plus haut. Le président Jovenel Moïse désapprend, pendant que le peuple apprend. La tendance populaire généralement rejette le duvaliérisme et ses succédanés, et conséquemment tout projet politique du clan Jovenel Moïse.

Le chef de l’État haïtien espère que le retour de la droite et de l’extrême-droite, en Amérique Latine et aux États-Unis d’Amérique, est prêt à lui servir de garantie pour garder à contre-courant le pouvoir. Peut-être, sous-estime-t-il l’ampleur de son impopularité, à travers le pays et dans la diaspora, et le degré d’avancement politique de la population, ceci de plus en plus en de larges proportions. La réponse revient, en général, à cette dernière et, en particulier, aux masses populaires, qui n’ont aucun intérêt à subir une telle pression dictatoriale. Elles seront le dindon de la farce et le bénéfice, en dernière instance, ira à l’oligarchie, en lâchant quelques miettes à des fractions opportunistes de la petite bourgeoisie. Car, les contradictions, qui opposent certaines fractions des classes dominantes, avec cette aile de Phtk, ne sont pas antagoniques et l’existence des terrains d’entente ne s’est pas effacée, puisque « La classe dirigeante traditionnelle, qui a un personnel nombreux et entraîné, change d’hommes et de programmes, et récupère le contrôle, qui était en train de lui échapper, avec beaucoup plus de célérité que ne peuvent le faire les classes subalternes ; elle fera, s’il le faut, des sacrifices, elle s’exposera à un avenir obscur chargé de promesses démagogiques, mais elle maintient le pouvoir, le renforce, pour écraser l’adversaire et disperser sa direction, qui ne peut être ni très nombreuse ni très experte »