Avec le PM ARIEL HENRY : La dialectique des armes prend le dessus sur l’arme de la dialectique

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FILE PHOTO: Ariel Henry, tapped by late Haitian President Jovenel Moise to be the new prime minister just days before he was assassinated, arrives to the official memorial services for Moise, in Port-au-Prince, Haiti July 20, 2021. REUTERS/Ricardo Arduengo/File Photo

Les enlèvements en Haïti ont augmenté au cours des trois premiers mois de 2022, poursuivant une vague sinistre qui a commencé l’année dernière et qui pourrait en grande partie être le résultat de la crise économique du pays empêchant les gangs de gagner de l’argent ailleurs.

De janvier à mars 2022, Haïti a enregistré 225 enlèvements, soit un bond de 58 % par rapport aux 142 de la même période l’année dernière, selon un nouveau rapport du Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH), basé à Haïti.

Le rapport fournit une ventilation géographique détaillée des points chauds et des acteurs du kidnapping. Il identifie le gang de Grand Ravine, basé dans la capitale de Port-au-Prince, comme le principal coupable, déclarant que le gang et ses alliés “kidnappent à volonté” dans de nombreux quartiers et bidonvilles autour de la ville.

Il est intéressant de noter que la Croix-des-Bouquets, banlieue nord de Port-au-Prince, a connu une baisse de la criminalité. L’année dernière, le quartier a connu une vague d’enlèvements, dont celui de 17 missionnaires. Entre juillet et décembre 2021, 400 Mawozo, le gang qui contrôle Croix-des-Bouquets et a enlevé les missionnaires, a été responsable de 60 % des enlèvements à l’échelle nationale. Ce pourcentage est tombé à moins de 20 % au cours des trois derniers mois, selon le rapport. Le CARDH note que cette baisse est probablement due au fait que plusieurs membres ont été tués par les autorités et que de nombreux autres ont fui la région.

Selon le rapport, moins d’étrangers ont fait l’objet d’enlèvements en 2022 par rapport à l’année dernière, bien que, comme l’a noté InSight Crime, cela soit probablement dû au fait que la plupart des organisations internationales et caritatives ont suspendu leurs opérations en Haïti.

Si l’anarchie et les enlèvements sévissent en Haïti depuis des années, le pouvoir et l’impunité des gangs de rue ont nettement augmenté depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. La capacité des chefs de gangs à influencer les décisions nationales en Haïti est devenue si évidente qu’en 2021, InSight Crime a désigné comme son lauréat criminel la figure criminelle la plus puissante d’Haïti, Jimmy Chérizier, alias “Barbecue”.

Les relations entre les gangs d’Haïti et ses élites politiques et commerciales sont au cœur de cette crise des enlèvements.

Les alliés de Jovenel Moïse, le président assassiné, entretenaient des relations d’affaires avec le G9 et la famille (G9 an fanmi), une alliance de gangs de Port-au-Prince dirigée par Chérizier. Un rapport de la Clinique internationale des droits de l’homme de la faculté de droit de Harvard a révélé comment le gouvernement Moïse a acheminé de l’argent, des armes, des uniformes et des véhicules à des gangs comme le G9, en échange de la répression, souvent brutale, des opposants politiques et du maintien de la paix dans les quartiers pauvres.

La mort de Moïse a vu cette source de financement se tarir. En juillet 2021, le mois de l’assassinat du président, Haïti a enregistré 31 kidnappings. Ce chiffre est passé immédiatement après à 73, 117 et 140 enlèvements mensuels pour les mois d’août, septembre et octobre, selon le rapport de la CARDH.

Les gangs ont essayé d’autres moyens de gagner de l’argent. Les rançons de plusieurs millions de dollars exigées par 400 Mawozo pour les missionnaires enlevés en sont un. Ceux qui ont l’influence et les ressources pour le faire, comme le G9, ont été plus ambitieux. Chérizier a paralysé le pays en bloquant l’accès aux terminaux pétroliers et en provoquant une crise du carburant, pour laquelle il aurait reçu un joli pactole.

Mais pour d’autres, l’effondrement des entreprises régulières a vu les paiements d’extorsion se tarir et le départ des organisations étrangères les a privés de cibles plus lucratives. Les Haïtiens moyens en font les frais. Selon la CARDH, les personnes les plus souvent visées par les enlèvements sont désormais les avocats, les médecins, les fonctionnaires, les étudiants, les policiers et les propriétaires de petites entreprises.